12 place du Président-Mithouard, Paris 7e
L'église Saint-François-Xavier, dressée sur la place du Président-Mithouard, offre au regard une façade néo-Renaissance dont la rigueur, voire une certaine gravité, caractérise bien le style éclectique de la fin du XIXe siècle parisien. Conçue pour être un point focal dans la trame haussmannienne, l'édifice se trouve aujourd'hui curieusement détaché, témoin silencieux d'une ambition urbanistique avortée : celle d'une percée qui aurait conduit à la destruction de l'hôtel de Matignon. Un compromis, somme toute, qui a laissé le monument sans l'emphase spatiale initialement prévue, marquant d'emblée une rupture entre le dessein et la réalité urbaine. Les travaux, initiés par Adrien-Louis Lusson en 1861 et poursuivis après sa disparition par Joseph Uchard, ont tiré parti des pierres aux grains fins et serrés des carrières de Bagneux, offrant une texture de surface appréciable, quoique d'une expressivité mesurée. Le fronton, œuvre de Gabriel-Jules Thomas, s'inscrit dans cette veine narrative et décorative attendue de l'époque. Ce qui distingue véritablement Saint-François-Xavier, au-delà de son pastiche stylistique extérieur, réside dans son audace structurelle interne. L'utilisation d'une armature métallique discrète a permis de faire reposer la voûte directement sur les murs latéraux. Cette ingénieuse solution technique, fort moderne pour l'époque, abolit la nécessité des bas-côtés traditionnels et des arcs-boutants, libérant ainsi un volume intérieur continu et non fragmenté par les supports massifs d'antan. C'est une démarche éminemment pragmatique, dissimulée sous les atours d'une esthétique rétrospective, où le progrès technique se plie aux exigences d'une tradition formelle. L'espace intérieur, ainsi dégagé, est ponctué de chapelles latérales et d'une chapelle axiale accueillant la Vierge de Bonnassieux, le tout contribuant à une monumentalité contenue, dénuée de la tension dramatique propre aux architectures gothiques ou baroques. L'église, achevée en 1873 mais dont la décoration s'échelonna, s'est vue enrichie d'un patrimoine artistique notable. Posséder une *Cène* du Tintoret, à côté d'œuvres de Lubin Baugin ou de Benedetto Gennari le Jeune, confère à l'édifice une profondeur muséale, loin d'être anodine pour une construction de cette période. Les orgues, après des vicissitudes et restaurations successives, portent la mémoire sonore de maîtres tels que Gaston Litaize, signifiant l'engagement continu de la paroisse pour la musique sacrée. Plus récemment, en 2009, le transfert solennel de la châsse de sainte Madeleine-Sophie Barat, fondatrice de la Société du Sacré-Cœur de Jésus, a réaffirmé le rôle dynamique du lieu, bien au-delà de sa seule fonction architecturale, en l'ancrant dans une histoire religieuse vivante et locale. L'inscription de l'édifice aux monuments historiques en 2018 témoigne, peut-être, d'une reconnaissance tardive de sa singularité. Saint-François-Xavier n'est pas un manifeste architectural d'avant-garde, mais plutôt un exemple représentatif de son époque : un compromis élégant entre l'adhésion aux formes classiques et l'adoption discrète des innovations techniques, le tout inscrit dans une trame urbaine où les ambitions ne se sont pas toujours entièrement réalisées. Une œuvre dont l'intérêt réside précisément dans cette subtile tension entre ce qu'elle montre et ce qu'elle cache, entre la tradition qu'elle affiche et la modernité qu'elle intègre.