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Hôtel de la Pilorgerie

Hôtel de la Pilorgerie

15 rue Georges-Clemenceau, Nantes

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel de la Pilorgerie, érigé à Nantes durant les décennies 1770-1780, s'inscrit dans cette période où le néo-classicisme imposait ses règles d'ordre et de symétrie à l'architecture, non sans quelques adaptations locales. Cet hôtel particulier, jumelé à son voisin, l'Hôtel Cazenove de Pradines, compose un ensemble dont l'ordonnancement trahit une certaine originalité dans le paysage nantais. Là où la plupart des demeures de ce standing privilégiaient une disposition entre cour et jardin, offrant une façade principale sur l'espace public et une autre sur une nature domestiquée, Pilorgerie et son alter ego dérogent à cette norme. Une porte cochère s'y ouvre non pas sur un jardin dérobé, mais sur une cour intérieure dont trois ailes de l'édifice définissent l'enceinte. Cette configuration singulière, dont on ne trouve que de rares équivalents du XVIIIe siècle dans la ville, à l'instar de l'Hôtel de Commequiers, confère à ces bâtis une forme d'introversion assumée, un repli sur soi qui matérialise peut-être une volonté de discrétion, ou une réponse pragmatique à la densité urbaine. La façade principale, rythmée et d'une sobre élégance, est surmontée d'un fronton où les armoiries des familles commanditaires affirmaient, avec une prétention à la gravité, leur statut. Le choix de la pierre de taille pour les élévations sur rue, souvent du tuffeau local, témoignait d'une aisance certaine, tout en inscrivant le bâtiment dans une tradition constructive solide. L'inscription au titre des monuments historiques en 1988 a souligné l'intérêt patrimonial de ce qui fut jadis le reflet d'une bourgeoisie marchande, à l'aube des grandes ruptures sociales et politiques. Cet hôtel, par sa seule présence, rappelle une période de prospérité nantaise où l'architecture, même contrainte par la parcelle, cherchait à exprimer une certaine dignité et une conception particulière de l'intimité urbaine.