3avenue de la Porte-d'Auteuil, boulevard d'Auteuil, avenue du Général-Sarrail, avenue Gordon-Bennett, Paris 16e
Le Jardin des serres d'Auteuil, loin d'être un caprice ornemental, s'inscrit initialement dans une logique de production horticole pour la capitale, un transfert pragmatique du jardin fleuriste de La Muette vers Auteuil à la fin du XIXe siècle. Jean Camille Formigé, architecte en chef du service des Promenades et Plantations, fut l'artisan de cette entreprise monumentale entre 1895 et 1898. Il est symptomatique que l'élégance de ces structures, loin de l'austérité de leur fonction première, ait rapidement transcendé leur utilité. Formigé y déploie un manifeste du « style 1900 », dont les échos se retrouvent dans les serres royales de Laeken. L'armature en fonte, peinte d'un bleu-vert caractéristique de l'époque, compose des vaisseaux en ogive d'une légèreté presque arachnéenne, matérialisant une dialectique fascinante entre la rigidité du fer et la fragilité du verre, permettant une interpénétration visuelle entre l'intérieur luxuriant et l'extérieur ordonnancé du parterre à la française. La grande serre, pièce maîtresse, est une prouesse technique notable, segmentant l'espace en trois microclimats distincts – tropical, palmeraie, orangerie – une sophistication environnementale au service de la botanique. À l'arrière-plan, une orangerie plus traditionnelle en meulière et briques rappelle une architecture vernaculaire, établissant un dialogue des matériaux et des temporalités. L'ensemble est agrémenté d'œuvres d'art : le haut-relief de Jules Dalou, la Bacchanale, et surtout, les quatorze mascarons d'Auguste Rodin, moulés d'après des modèles initialement destinés au palais du Trocadéro. Cet usage de pièces existantes confère une patine d'économie et de réappropriation, presque un clin d'œil à l'ingéniosité des services municipaux. Ce n'est pas sans une certaine ironie que l'on observe la destinée de ce lieu. Amputé d'un tiers de sa surface dès 1968 par l'implacable logique du boulevard périphérique, le jardin a récemment été le théâtre d'une nouvelle contention. L'extension du stade Roland-Garros, un projet éminemment contemporain, a engendré un déchirement manifeste entre la préservation d'un patrimoine inscrit et la voracité de l'événementiel sportif. La destruction de serres jugées sans valeur architecturale pour faire place à un court de tennis semi-enterré, malgré l'invocation du droit d'auteur par les héritiers de Formigé, souligne une hiérarchie des valeurs où la fonctionnalité sportive a parfois primauté sur l'intégrité architecturale et botanique. Ce n'est qu'en 2021, après ces tribulations, que le jardin a paradoxalement obtenu le label « Jardin remarquable », consécration tardive et presque mélancolique d'une beauté maintes fois menacée.