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Couvent des Ursulines

Couvent des Ursulines

16-16bis-16ter rue des Ursulines, Saint-Denis

L'Envolée de l'Architecte

Le Couvent des Ursulines de Saint-Denis, dont le nom s’est figé sur la rue adjacente dès 1640, témoigne d'une trajectoire architecturale et historique singulièrement mouvementée, reflétant les soubresauts d'une nation. Établissement de l'âge classique français, il fut d'abord conçu pour la contemplation et l'éducation des jeunes filles, mission spécifique des Ursulines qui, se distinguant des ordres purement cloîtrés, participaient activement au rayonnement intellectuel et spirituel de leur temps. L'anecdote de la venue d'Anne d'Autriche et du jeune Louis XIV durant la Fronde confère à l'édifice une prestigieuse mais éphémère légitimité royale, l'inscrivant dans les annales des lieux d'importance bien au-delà de sa vocation première. Mais le temps et les régimes politiques n'ont épargné ni sa substance ni sa fonction. La Révolution, prévisiblement, le dépouilla de son caractère sacré en 1792, l'assignant à la triste fonction de magasin d'approvisionnement, puis d'hôpital. Cette succession d'usages, certes pragmatiques, n'est rien moins qu'une désacralisation progressive, transformant un espace de spiritualité en un simple volume utilitaire. Le plus grand affront architectural survint cependant bien après, lorsque des entrepreneurs, dans une démarche d'un pragmatisme désarmant, démantelèrent la chapelle et le cloître pour en récupérer les pierres. Cette destruction méthodique du cœur de l'édifice, du *hortus conclusus* qui structurait l'ensemble et du sanctuaire qui en était le point d'orgue, représente une mutilation irréversible. Elle défigura la dialectique architecturale originelle entre le plein des murs et le vide ordonnateur des cours, altérant à jamais l'organigramme spatial qui définissait son identité conventuelle. Devenu une copropriété fragmentée, le Couvent des Ursulines se débat aujourd'hui dans une lutte incessante contre l'entropie et les contraintes financières. Si les façades, toitures et un escalier du XVIIe siècle ont eu la fortune d'être classés, le financement de leur restauration demeure un combat de chaque instant. L'effondrement d'une cheminée en 2017, simple avatar des caprices météorologiques, illustre la fragilité structurelle et la lenteur des processus de conservation. Il faut reconnaître l'obstination louable des copropriétaires et de l'Association des Amis du Couvent, qui s'efforcent d'animer ce lieu et de le rendre accessible. Des projections cinématographiques – notamment du film « Bon voyage » qui y fut en partie tourné –, des concerts de jazz ou de musique classique, et même des tournages publicitaires pour l'immobilier, injectent une vie nouvelle, profane et vibrante, dans ces murs autrefois dévoués au silence et à la prière. Une transformation radicale, où l'ancien lieu de recueillement devient un décor, une toile de fond pour le spectacle du monde, une ironie architecturale qui n'est pas sans saveur.