Voir sur la carte interactive
Hôtel Grou

Hôtel Grou

32 rue Kervégan 2 place de la Petite-Hollande, Nantes

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel Grou, plus qu'une simple demeure, est un manifeste de l'ambition économique nantaise du milieu du XVIIIe siècle, édifié sur l'île Feydeau. Cette opération urbaine singulière voyait alors se développer les résidences d'une bourgeoisie d'armateurs et de négociants. Élevé entre 1747 et 1752, il partage avec le voisin Hôtel de La Villestreux cette ordonnance classique, typique d'une époque cherchant à concilier prestige et pragmatisme commercial. Sa spécificité réside dans sa dualité architecturale, une composition complexe où l'hôtel particulier du maître de maison, Guillaume Grou, côtoie un immeuble de rapport destiné à la location, une imbrication rare pour le quartier. Le choix des matériaux n'est pas anodin : le tuffeau, cette pierre tendre et lumineuse, est rehaussé par les aplombs rigoureux du granit et les ponctuations plus rares du calcaire de Saint-Savinien. Cette palette minérale confère à l'ensemble une dignité certaine, malgré les ajustements du temps. La façade occidentale, sur la Place de la Petite-Hollande, offre un visage néo-classique, articulé sur un rez-de-chaussée dédié au négoce et un entresol dont les ouvertures sont ornées de cinq mascarons. Ces visages sculptés, témoins muets des transactions passées, apportent une note presque pittoresque à la sobriété d'ensemble. Le premier étage se distingue par son balcon filant, dont la ferronnerie ajourée dessine un motif élégant, signe extérieur de la distinction du propriétaire. Jadis, une porte cochère, aujourd'hui modifiée, donnait accès à la cour intérieure, véritable sas entre la rumeur publique et l'intimité domestique. Guillaume Grou, dont la fortune découlait en partie de la traite négrière — une réalité économique qui finançait alors nombre de ces belles demeures — avait souhaité un intérieur à la hauteur de ses ambitions. L'escalier monumental, dont il ne subsiste que des vestiges, desservait son appartement, un espace où le faste se mesurait aux cheminées conservées, aux parquets d'origine et aux portes élégamment travaillées. Le XIXe siècle apporta son lot de modifications, notamment l'ajout d'un étage, une surélévation pragmatique altérant la pureté originelle des proportions. Écuries et remises disparurent, et même la base de l'escalier dut s'adapter au rehaussement du niveau de la rue, autant d'indices des continus compromis entre l'idéal architectural et les nécessités de l'usage. L'inscription de ses façades, de ses ferronneries, et plus tard, de sa cage d'escalier, au titre des monuments historiques, consacre aujourd'hui cet édifice non pas comme une œuvre unique d'un architecte de renom, dont la postérité a d'ailleurs occulté le nom, mais comme un spécimen éloquent de l'urbanisme nantais et de l'ingéniosité de sa bourgeoisie marchande. Un monument discret, mais dont les murs, faits de tuffeau et de granit, racontent, sans grandiloquence, une histoire complexe de fortune, de commerce et d'adaptations successives.