11, 13, 13 bisvilla Chaptal, Levallois-Perret
Au sein de la Villa Chaptal, cette voie privée de Levallois-Perret qui distille une certaine uniformité pavillonnaire, la « Villa mauresque » se dresse en une singulière anomalie, presque une provocation esthétique. Érigée en 1892, elle est l'incarnation d'un éclectisme audacieux, où le rêve orientaliste de la fin du XIXe siècle prend corps au milieu de l'urbanité modeste. L'édifice, commandité initialement par le peintre Albert-Frédéric-Alexandre Mittenhoff, fut rapidement cédé à Pedro Gailhard, figure notable de la scène lyrique parisienne en tant que ténor et directeur de l'Opéra. C'est sous son égide que la villa fut rehaussée d'un étage, et que son escalier principal, loin de se cacher, s'installa dans une tourelle extérieure, ajoutant à la complexité des volumes et à l'effet théâtral de l'ensemble. L'architecture s'exprime par une profusion de détails empruntés au répertoire mauresque : des baies en arcs outrepassés, finement ajourées, sont rehaussées d'un décor céramique dont la polychromie, dominée par les verts et les bleus, cherche l'éclat. Les auvents protecteurs et les logettes à moucharabiehs, conçus moins pour leur fonction originelle que pour leur évocation pittoresque, concourent à cette atmosphère d'ailleurs. La tour, sommée d'un dôme et coiffée de ce croissant islamique en or, parachève cette composition que l'on pourrait juger, sans aménité excessive, d'un exotisme de façade. Mais c'est sans doute l'origine de son aménagement intérieur qui révèle le plus sur l'esprit de l'époque. Il provient, en grande partie, du pavillon espagnol de l'Exposition universelle de Paris de 1889. Cette transplantation d'éléments décoratifs, arrachés à leur contexte éphémère de foire pour être intégrés dans une demeure permanente, illustre avec éloquence la vogue d'un orientalisme de salon, un goût pour l'ailleurs qui privilégiait le spectacle et l'anecdote à une authentique immersion culturelle. Il s'agissait moins d'une quête d'authenticité que d'une fantaisie bourgeoise, un trophée visuel de l'imaginaire colonial. Longtemps après sa construction, cette « Villa mauresque », devenue propriété de ce qui allait devenir la Caisse nationale de l'assurance vieillesse, continue d'intriguer. Sa classification partielle à l'inventaire des monuments historiques, obtenue en 1993, ne consacre pas une perfection stylistique, mais plutôt une valeur documentaire : elle est un témoignage frappant de la perméabilité des goûts de l'époque, de la manière dont l'imaginaire voyageait et s'incarnait, parfois avec une certaine naïveté, dans le tissu urbain de la banlieue parisienne. Elle demeure un objet curieux, une page colorée dans l'histoire architecturale de Levallois.