Grande-Rue, Jouy-le-Moutier
L'église de la Nativité de la Sainte-Vierge de Jouy-le-Moutier offre, à l'observateur attentif, le spectacle quelque peu désordonné d'une histoire bâtie à travers les âges, sans qu'une intention unificatrice n'ait véritablement prévalu. Son clocher roman, daté des années 1130, constitue l'épine dorsale de l'édifice, une structure robuste aux proportions harmonieuses, dont la flèche octogonale signale l'élégance normande. Ce n'est pas une mince affaire que d'avoir, au XVIe siècle, osé rehausser la base de cette tour pour faire communiquer la nef et le chœur, un véritable tour de force architectural qui force le respect par sa seule audace. Pourtant, cette ambition a laissé des traces. Le chœur gothique, érigé entre 1220 et 1240 sous l'influence directe du chapitre de Notre-Dame de Paris, est un exemple raffiné du style de l'époque, avec son triforium véritable et ses chapiteaux délicats. Néanmoins, il se trouve aujourd'hui réduit à une fonction contemplative, l'autel ayant été déplacé à l'extrémité de la nef pour des raisons de commodité liturgique, reléguant cet espace autrefois central à un simple décor. La nef, reconstruite au premier quart du XVIe siècle dans le style flamboyant, présente une singularité certaine. Ses grandes arcades s'appuient sur des piliers cylindriques, un choix presque archaïque pour l'époque, et ses chapiteaux se parent de motifs d'oves et de coquilles Saint-Jacques, suggérant l'implication financière d'une confrérie de pèlerins. Une touche anecdotique qui illustre la dimension populaire de l'édifice. Les galeries ouvertes avec balustrades ajourées, remplaçant un triforium plus classique, confèrent à l'ensemble un caractère pittoresque, même si Louis Régnier, non sans pertinence, soulignait la disgrâce des massifs de maçonnerie nécessaires aux formerets des hautes voûtes. Les bas-côtés, datant pour partie du XIIIe siècle, n'offrent guère de fioritures, leurs lancettes simples témoignant d'une simplicité fonctionnelle. À l'extérieur, la façade occidentale se révèle une collection hétéroclite d'ajouts et de remaniements, où les restaurations du XIXe siècle ont parfois, par excès de zèle, davantage brouillé les pistes qu'éclairé les intentions premières. Le porche septentrional, censé présenter une riche ornementation flamboyante, fut laissé à l'état d'ébauche, un témoignage éloquent des compromis, et peut-être des contraintes financières, des maîtres d'ouvrage. Quant au mobilier, il recèle quelques pièces notables, dont une Vierge à l'Enfant assise et allaitante du XIVe siècle, autrefois enchâssée dans le trumeau du portail occidental, et dont le destin fut de disparaître lors de ces restaurations hâtives. Plus tragique encore, une cloche de 1554, classée monument historique en 1944, avait déjà été refondue en 1879, soixante-cinq ans avant sa prétendue protection. L'église de Jouy-le-Moutier, bien que classée dès 1912 et possédant une ancienneté vénérable, est aujourd'hui reléguée dans l'ombre d'une construction plus contemporaine, l'église Sainte-Claire de Vauréal, financée par les oboles des fidèles. Une destinée courante pour nombre d'édifices anciens, dont la complexité et les strates historiques ne sauraient rivaliser avec l'attrait de la nouveauté.