94,boulevard Jean-Jaurès, Clichy
L'église Saint-Médard de Clichy, plus qu'un édifice singulier, se présente comme une stratigraphie architecturale, un palimpseste où s'entrechoquent les sédiments de plusieurs époques. Son existence même témoigne d'une pérennité fonctionnelle davantage que d'une ambition formelle constante. Mentionnée dès le XIIIe siècle, elle fut substantiellement rebâtie vers 1525, puis à nouveau dans les années 1620, sous le curat de nul autre que Saint Vincent de Paul, ce qui lui confère une patine historique indéniable, souvent plus fascinante que l'œuvre bâtie elle-même. Ces successives reconstructions, loin d'orchestrer une grandiloquence stylistique, semblent avoir répondu à des nécessités structurelles ou liturgiques, dans une paroisse dont l'histoire révèle une certaine précarité économique. L'observation de sa structure, simple croix latine dotée d'une nef unique, et surtout de sa tour massive élevée sur un plan carré, évoque une robustesse presque défensive, un pragmatisme qui prévaut sur l'ornementation. Elle n'exhibe pas les flamboyances gothiques du XIIIe ni les raffinements renaissants attendus d'une reconstruction du XVIe siècle. Cette retenue pourrait bien être la marque d'une communauté dont les moyens financiers furent longtemps comptés. Il est à cet égard éclairant de rappeler que Clichy fut qualifiée de « paroisse la plus misérable du diocèse » au début du XIXe siècle, une réalité dont le curé Jean-Baptiste-Marc Mireur fit les frais, son transfert de Saint-Ambroise à cette cure n'étant point perçu comme une promotion. L'édifice semble ainsi incarner la frugalité de son histoire paroissiale, recevant même en 1816 une modeste indemnisation de 150 francs suite aux pillages de l'invasion alliée, une somme qui, même pour l'époque, dénote l'ampleur de la considération accordée. L'intérieur, malgré son inscription tardive aux monuments historiques en 1969, révèle une richesse hétéroclite d'objets classés, fruit d'accumulations au fil des siècles plutôt que d'une vision unifiée. Des bancs aux vantaux, en passant par une chaire à prêcher et diverses statues, l'ensemble constitue un inventaire patrimonial d'une curiosité certaine. Les verrières, en particulier, offrent un témoignage de cette stratification : aux épisodes de la vie de Saint Vincent de Paul attribués à François Fialeix, s'adjoignent des représentations du Nouveau Testament et, plus singulièrement, des vitraux dépeignant « Dagobert et ses contemporains ». Cette juxtaposition de thèmes hagiographiques, bibliques et anachroniques participe à l'atmosphère composite de ce lieu. Mais c'est sans doute la présence contiguë de la nouvelle église Saint-Vincent-de-Paul, érigée au début du XXe siècle par Jacques-Paul Lequeux, qui confère à Saint-Médard son rôle le plus paradoxal. Reléguée, puis littéralement « rendue » à Saint-Médard, l'ancienne église se trouve ainsi flanquée d'un voisin plus jeune, plus vaste, plus conforme aux canons de son temps, transformant l'édifice originel en une sorte d'annexe historique, un témoin silencieux de l'évolution urbaine et ecclésiale. La récente campagne de restauration (2016-2018) et la découverte inattendue d'une relique de Saint Vincent de Paul durant ces travaux viennent opportunément rappeler l'ancrage profond de ce monument dans une histoire plus dense qu'il n'y paraît au premier abord. Saint-Médard n'est pas un monument d'éclat, mais une survie, un condensé de l'histoire paroissiale, humble et tenace, de Clichy.