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Tour Cèdre

Tour Cèdre

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L'Envolée de l'Architecte

La Tour Emblem, connue naguère sous le nom de Tour Cèdre, puis avant cela comme Tour Cegetel et initialement Tour T4, se dresse dans le Faubourg de l'Arche, un secteur plus tardif du quartier d'affaires de La Défense, dont elle fut, en 1998, la première érection. Cette antériorité en fait une sorte de jalon, marquant l'expansion de ce pôle tertiaire. Son architecture d'origine, celle d'un prisme droit de 103 mètres de hauteur, se distinguait par une façade résolument opaque. Les fenêtres teintées, d'un brun profond et réfléchissant, conféraient à l'ensemble une allure monolithique, absorbant la lumière plutôt que de la laisser pénétrer ou de révéler l'activité intérieure. Cet épiderme sombre, presque hermétique, était caractéristique d'une certaine esthétique corporative de la fin du XXe siècle, privilégiant la masse et l'efficacité à une transparence que l'on recherchera plus tard. L'édifice s'articule sur plusieurs niveaux distincts, au-delà des multiples sous-sols : un étage technique et d'entrée secondaire, un autre dédié au restaurant d'entreprise et à d'autres services, puis l'étage d'accès principal depuis la dalle. Au-dessus, vingt-cinq niveaux sont dévolus aux bureaux, couronnés par un ultime étage technique ouvrant sur le toit. Cette stratification programmatique, commune aux tours de cette époque, met en évidence une logique fonctionnelle stricte, où chaque strate correspond à un usage bien défini, limitant l'interpénétration des fonctions. La période récente, entre 2020 et 2021, a vu la tour subir une rénovation significative, signifiant un renouvellement esthétique et potentiellement énergétique, afin de s'aligner sur des standards contemporains. Ce remaniement de l'enveloppe extérieure, couplé à un changement de nom, est un phénomène fréquent dans ces quartiers d'affaires, où l'image et la perception de modernité sont des enjeux constants. Il s'agit souvent d'une tentative de faire oublier une esthétique jugée obsolète, sans pour autant modifier la structure fondamentale de l'édifice. Devant l'entrée principale, une sculpture en bronze d'André Barelier, intitulée « le Téléphone », représente une figure absorbée par son appareil portable. Cette œuvre, sans doute installée pour humaniser le socle de cette tour alors occupée par des services du groupe EDF, offre une observation quasi sociologique, figeant un geste quotidien en un monument durable, contrastant avec la fugacité des technologies qu'elle immortalise et des entreprises qui occupent ces espaces, soumises aux cycles incessants de l'économie et du marketing. Elle rappelle avec une pointe d'humour involontaire que, derrière ces façades de verre, le travail et la communication, sous leurs formes les plus banales, demeurent l'essence de ces architectures fonctionnelles.