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Hôtel du Tillet de la Bussière

Hôtel du Tillet de la Bussière

52 rue Saint-André-des-Arts, Paris 6e

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel du Tillet, sis au croisement de la rue Saint-André-des-Arts et de la rue des Grands-Augustins, s'offre à l'observateur avec une coquetterie qui n'est pas sans intérêt. Sa façade en arrondi, une élégance de circonstance propre à l'urbanisme parisien du XVIIIe siècle, permettait de résoudre la brutalité d'un angle tout en affirmant une présence discrète mais néanmoins résolue dans un tissu urbain déjà dense. Érigé en 1740 sous la houlette de François Debias Aubry, architecte de bonne facture mais non d'une originalité déconcertante, pour le compte de Charles Jean Baptiste du Tillet, marquis de la Bussière, l'édifice se présente comme un spécimen achevé du style Louis XV à son apogée. Il illustre cette période où la grandiloquence baroque cédait le pas à une recherche d'intimité et de raffinement. L'équilibre des pleins et des vides y est soigneusement orchestré, les arcades de plein cintre conférant une assise classique à l'ensemble, tandis que les pilastres à refends modulent la surface de la pierre de taille avec une subtilité qui évite l'ennui sans sombrer dans l'excès ornemental. Les ferronneries, d'une légèreté caractéristique de l'époque, découpent l'espace avec une grâce aérienne. Le programme décoratif, s'il se veut éloquent, n'en est pas moins contenu. Les consoles ornementales, ornées de guirlandes de roses, et les têtes de béliers, ces bucranes hérités de l'Antiquité, cohabitent avec des trophées d'armes et cornes d'abondance sur les portes, une symphonie quelque peu convenue d'héroïsme et de prospérité censée flatter l'œil et l'esprit du propriétaire et de ses visiteurs. L'intérieur n'est pas en reste, avec un mascaron bachique veillant sur l'accès à la cave, rappelant que même la domesticité subalterne avait droit à sa petite touche d'allégorie. Son parcours fut celui, somme toute classique, d'une noble demeure parisienne. Après avoir abrité les papiers d'un Chérin, généalogiste scrupuleux du Roi, puis vu naître le mathématicien Joseph Bertrand en 1822, il connut le sort moins enviable de la déchéance. Sa condition de