Place du Vieux-Marché, Rouen
L'église Sainte-Jeanne-d'Arc, sise sur la Place du Vieux-Marché à Rouen, se manifeste comme une intervention architecturale notable au cœur d'un site chargé d'histoire. Loin des réminiscences gothiques attendues dans cette cité normande, l'édifice de Louis Arretche, achevé en 1979, propose une forme résolument contemporaine. Il est couramment dit qu'elle évoque une nef viking ou un poisson, une comparaison qui, si elle simplifie quelque peu l'intention du concepteur, a le mérite de marquer les esprits par son organicité. Cette singularité formelle est avant tout une coque de béton et de verre conçue pour abriter un trésor singulier: les vitraux du XVIe siècle de l'ancienne église Saint-Vincent. Ces treize verrières, épargnées par les destructions de 1944 grâce à une prévoyance qui confine au miracle, sont ici enchâssées dans le mur septentrional, formant un dialogue inattendu entre la splendeur Renaissance et la rigueur du XXe siècle. L'atelier Leprince de Beauvais, ainsi que d'autres maîtres verriers de l'atelier rouennais sous l'influence d'Arnoult de Nimègue, ont jadis créé ces compositions historiées. Elles dépeignent avec une délicatesse remarquable la vie de saint Pierre, l'Arbre de sainte Anne, le Triomphe de la Vierge, ou encore la Passion du Christ. Leur intégration n'est pas une simple juxtaposition, mais une véritable orchestration spatiale où la lumière, filtrée par les anciennes scènes religieuses, confère à l'intérieur moderne une atmosphère singulière, presque intemporelle. L'architecte, en disposant ces fragiles témoignages d'un art ancien, a sciemment mis en scène leur luminosité dans une enveloppe résolument nouvelle. Le projet d'Arretche englobait également les halles du marché, conférant à l'ensemble une fonction civique et commerciale au-delà du seul culte. Cette double vocation témoigne d'une approche urbaine intégrée, où l'édifice religieux n'est plus une entité isolée mais un élément parmi d'autres dans le tissu de la ville reconstruite. La consécration de l'église par une pluralité d'évêques et son inauguration par le président Valéry Giscard d'Estaing soulignent l'importance conférée à ce geste architectural dans le contexte de l'après-guerre et de la modernisation de la France. L'inscription de l'église au titre des monuments historiques en 2002 valide, avec le recul nécessaire, la pertinence de cette audace. Elle reconnaît que, au-delà des considérations esthétiques parfois clivantes, l'œuvre d'Arretche a su créer un espace pertinent, fonctionnel et porteur de sens. Elle offre une solution ingénieuse à la préservation d'un patrimoine inestimable tout en ancrant résolument le lieu de culte dans son époque, proposant une méditation sur la continuité et la rupture, sur l'ancien et le nouveau, au cœur d'une ville qui a maintes fois dû se réinventer. La sobriété apparente de ses surfaces extérieures contraste avec la richesse chromatique et narrative de son cœur vitré, invitant à une exploration de la lumière et de l'histoire.