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Hôtel Terminus

Hôtel Terminus

12 cours de Verdun, 2e arrondissement, Lyon

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel Terminus, aujourd'hui Mercure Lyon Centre Château Perrache, n'est pas un monument que l'on aborde avec l'ingénue légèreté des œuvres sans histoire. Sa présence à l'aplomb de la gare de Lyon-Perrache, conçue au tournant du XXe siècle par la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, révèle une intention claire : celle de capter une clientèle aisée, descendue du train avec ses malles et ses attentes de grand standing. Georges Chedanne, l'architecte choisi, n'était pas un novice en la matière. Fort de ses réalisations pour le Palace-Hôtel de Monte-Carlo ou l'Élysée Palace Hôtel à Paris, il maîtrisait la grammaire de l'hôtellerie de luxe de son temps, associant monumentalité et confort. L'édifice, achevé en 1906, déploie les fastes de l'Art nouveau, alors à son apogée. Les intérieurs furent confiés à une pléiade d'artistes reconnus : les toiles d'Henri Martin et d'Ernest Laurent, les sculptures d'Edgar Boutry, et l'éventuelle intervention de Louis Majorelle, dont le travail sur les marquises d'entrée et les lambris des salons aurait apporté cette touche végétale et sinueuse caractéristique. Au-delà des ornements, une curiosité technique mérite d'être soulignée : les expérimentations d'isolation phonique. L'emploi de briques de liège ou de doubles parois en mâchefer séparées par un matelas d'air dans les cloisons des chambres trahissait une préoccupation pour le confort acoustique, un luxe discret mais essentiel pour l'époque. Pourtant, la destinée de l'hôtel allait connaître des virages inattendus, loin des salons feutrés et des dîners mondains. Entre 1942 et 1943, ses murs virent s'installer la Gestapo lyonnaise, avec Klaus Barbie et sa section IV, transformant un lieu d'hospitalité en un centre de répression. Une sinistre parenthèse qui imprégna l'édifice d'une mémoire sombre, au point d'inspirer le titre du documentaire de Marcel Ophüls. Après-guerre, l'hôtel fut le théâtre de transformations. Une rénovation en 1959 vit disparaître des éléments décoratifs originaux, à l'instar du plafond de la salle à manger. Les années 1970 et 1980 furent plus rudes encore. La construction du Centre d'échanges de Perrache et l'ouverture de la gare de Lyon-Part-Dieu eurent pour effet de l'isoler, l'enserrant entre une autoroute et les voies ferrées, altérant son image et son accessibilité. Les changements d'enseigne, de Frantour à Pullman, puis à Grand Hôtel Mercure, témoignent des efforts répétés pour redéfinir son identité et assurer sa pérennité face aux mutations urbaines et économiques. Heureusement, l'édifice n'est pas tombé dans l'oubli total. Son classement et son inscription aux monuments historiques en 1997, complétés par le label Patrimoine du XXe siècle en 2003, ont reconnu la valeur architecturale de ses façades et toitures, ainsi que de certains espaces intérieurs emblématiques comme le hall d'entrée et plusieurs salons du premier étage. C'est un rappel que, malgré les vicissitudes de l'histoire et les compromis de la modernité, l'élégance de sa conception initiale et la richesse de son parcours méritent encore notre attention.