8 avenue de Verzy, Paris 17e
L'édifice sis au 8 avenue de Verzy, dans la discrète Villa des Ternes, se manifeste comme une incarnation éloquente des ambitions urbaines de la Belle Époque finissante, où la spéculation immobilière rencontrait une certaine propension à l'ornementation ostentatoire. Conçu en 1911 par l'architecte Maurice Coulomb, en collaboration avec Louis Chauvet, cet immeuble de rapport de neuf étages est né de l'opportunité foncière, remplaçant avec une efficacité toute commerciale deux modestes pavillons, un jardin d'hiver et un atelier d'artiste. L'acte même de l'architecte acquérant le terrain pour y ériger une telle structure est emblématique de l'ingéniosité – ou du pragmatisme – des bâtisseurs de cette époque, cumulant les rôles de concepteur et de promoteur. Sa modernité, bien que discrète, réside dans son ossature en béton armé, une prouesse structurelle encore relativement récente et en pleine démocratisation au début du XXe siècle. Ce squelette porteur, gage d'efficacité et de rapidité de construction, est cependant masqué, comme il était souvent d'usage, par un remplissage de briques, lui-même entièrement subverti par une enveloppe décorative. C'est ici qu'intervient l'apport le plus singulier de l'immeuble : son revêtement de grès flammés, œuvre du céramiste Alexandre Bigot. Il s'agit, et le détail n'est pas anodin, de sa dernière contribution majeure, ce qui confère à l'édifice une valeur testamentaire. Bigot, maître incontesté de la céramique Art Nouveau, dont les œuvres ornent tant de façades parisiennes emblématiques, a ici déployé son répertoire de motifs exubérants : palmettes, rosettes, et guirlandes s'épanouissent avec une générosité parfois jugée excessive. Ces ornements ne se contentent pas d'agrémenter; ils protègent les façades et magnifient les points focaux de l'architecture, à savoir les bow-windows de la façade nord – ces saillies si caractéristiques offrant de la lumière et de l'ampleur aux intérieurs – l'entrée principale, qui se devait d'être accueillante et solennelle, et le balcon du cinquième étage, point d'équilibre visuel. Le choix du grès flammé, avec ses jeux de couleurs subtils et ses reflets vitrifiés, était destiné à captiver le regard, à faire vibrer la surface architecturale sous la lumière parisienne. Cependant, le temps a exercé son inéluctable office, et les couleurs, jadis éclatantes, se sont aujourd'hui un peu ternies, offrant une métaphore visuelle de l'éloignement d'une ère où l'ornementation régnait sans partage. L'œuvre de Bigot, ici appliquée à une structure résolument moderne dans sa conception, marque le chant du cygne d'un style qui allait bientôt céder le pas aux lignes plus épurées du Mouvement Moderne, laissant à cet immeuble une place particulière, celle d'un trait d'union complexe entre deux mondes architecturaux.