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Château Labottière

Château Labottière

29 rue Labottière, Bordeaux

L'Envolée de l'Architecte

L'hôtel Labottière, édifié pour les frères imprimeurs et éditeurs Jacques et Antoine Labottière à la fin du XVIIIe siècle par les architectes Laclotte, est un spécimen plutôt convenu de l'architecture néoclassique bordelaise. Sa conception, entre 1770 et 1773, s'inscrit dans cette période où la bourgeoisie montante aspirait aux marqueurs architecturaux de la noblesse. L'édifice présente une façade principale rectangulaire, s'élevant sur un rez-de-chaussée et un étage, couronnée par un entablement imposant et une corniche à modillons supportant une balustrade. Cette dernière, astucieuse, dissimule un deuxième niveau de service, une pratique courante pour maintenir une certaine pureté des lignes. La travée centrale, légèrement en saillie, est couronnée d'un fronton triangulaire dont le tympan, animé par des figures enfantines déroulant une toile, apporte une touche décorative, presque anecdotique, à une composition autrement sévère. La façade opposée, donnant sur les jardins, offre une variation avec son avant-corps en demi-cercle, introduisant un mouvement que l'extérieur plus rigoureux ne laissait pas présager. Les communs se déploient à droite, tandis que le jardin à la française, si typique, et la grille d'honneur flanquée de ses pavillons, bien que modernes, cherchent à restituer l'ordonnancement d'origine. L'intérieur, quant à lui, a vu ses boiseries d'époque, hélas, céder la place à un décor de staff de style Louis XVI, témoignage des remaniements successifs qui effacent parfois les strates originelles. L'histoire du lieu est un reflet des vicissitudes sociales et économiques : des frères Labottière ruinés par la Révolution, à la Maison Tivoli sous le Directoire, établissement de plaisirs qui transforma la demeure en lieu de divertissement public, jusqu'à son acquisition par la Compagnie de Jésus qui y fonda le collège Saint-Joseph. L'hôtel faillit même devenir un Musée des Arts décoratifs, avant d'être le théâtre des fastes des Années folles sous l'égide de Janine Lozes et de l'architecte Pierre Ferret, lequel veilla, avec une certaine conscience historique, à respecter l'esprit néoclassique lors de ses interventions. Plus singulière encore est sa descendance architecturale. Au-delà du château Carthon-Ferrières à Gradignan, pastiche du XIXe siècle, une réplique quasi exacte s'élève au cœur de l'Upper East Side à New York : la Duke House, commandée en 1912. Cette transplantation audacieuse, de Bordeaux aux rives de l'Hudson, démontre la persistance d'une esthétique et son attrait au-delà des continents, faisant du Château Labottière un archétype dont l'influence a traversé les océans, bien que son existence contemporaine soit celle d'un institut culturel dédié à l'art moderne, offrant un contraste saisissant avec son identité originelle.