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Caserne Souham

Caserne Souham

Rue des Canonniers Rue du Vieux-Faubourg, Lille

L'Envolée de l'Architecte

La Caserne Souham, ou ce qu'il en reste, s'inscrit dans la longue tradition d'une architecture militaire dont la pérennité fut souvent inversement proportionnelle à l'évolution des doctrines de défense. Élevée au début du XVIIe siècle, au gré d'une extension urbaine de Lille, derrière les robustes lignes du bastion Saint-Maurice construit entre 1617 et 1622, elle témoignait d'une époque où l'édification de fortifications et de leurs dépendances formait l'épine dorsale de la planification urbaine. La sobriété des façades d'origine, probablement en brique locale, marque une esthétique de pure fonctionnalité, un plein dévolu à la masse des hommes et du matériel, contrastant avec des ouvertures parcimonieuses. Ces édifices, conçus pour la résilience et l'ordre interne, présentaient un visage extérieur volontairement austère, dénué de toute fioriture, conforme à l'usage coercitif de la force militaire. Ayant survécu, non sans séquelles, à l'incendie du siège autrichien de 1792 – un baptême du feu somme toute prévisible pour un tel ouvrage – elle connut plusieurs restaurations avant le coup de grâce des années 1980. Cette décennie, souvent peu amène avec le patrimoine jugé obsolète, la réduisit à quelques vestiges, à l'instar de son bastion tutélaire dont seul le tracé et un tronçon de courtine demeurent. Ce démembrement est un rappel cinglant des priorités fluctuantes de l'aménagement du territoire, où la table rase précède souvent une forme de réinvention forcée. Les trois corps de bâtiment rescapés, ainsi que l'ancienne conciergerie, ont depuis lors été réaffectés, une transformation symptomatique d'une urbanité cherchant à recycler ses carcasses militaires. En 1994, ces murs séculaires furent investis par la Maison Européenne des Sciences de l'Homme et de la Société du CNRS, une ironie subtile où l'ordre strict des armes cède la place à l'effervescence intellectuelle. L'ajout en 2003 du bâtiment Souham 3, scindé en deux volumes, introduit inévitablement une rupture stylistique audacieuse. On peut imaginer la rencontre entre la masse statique de la brique ancienne et la légèreté contemporaine du verre et de l'acier, une confrontation voulue entre la robustesse historique et l'élégance technologique, cherchant à créer une harmonie à travers le contraste, ou au moins un dialogue architectural. Plus récemment, en 2019, l'ancien périmètre du bastion a vu surgir un centre commercial et un hôtel, le Mama Shelter, une incursion franche du divertissement et de l'économie de services dans un lieu autrefois dédié à la discipline martiale. Ce nouvel avatar commercial achève de muter un espace de défense en un lieu de consommation et de loisirs, signant un chapitre final à la fois prévisible et emblématique de notre époque. La Caserne Souham, désormais un assemblage hétéroclite de strates temporelles et fonctionnelles, se présente ainsi comme un micro-témoin de la capacité d'une ville à réécrire son histoire, non sans une certaine désinvolture envers ses traces les plus évidentes. C'est moins une résurrection qu'une série de greffes successives, dont la cohérence d'ensemble reste à l'appréciation de l'observateur.