5 rue François-Boyer-Fonfrède, Toulouse
À l'angle de cette discrète artère toulousaine, se dresse l'Hôtel de Gayssion, un ensemble architectural dont la physionomie actuelle est le fruit de strates successives, loin de l'unité formelle. Édifié entre 1515 et 1519 pour Jean de Gayssion, un négociant dont la fortune permit l'ascension sociale jusqu'au capitoulat, l'édifice originel relevait du style gothique toulousain finissant, caractérisé par une verticalité assumée et une certaine sobriété de l'ornementation. La façade sur rue, paradoxalement, fut soumise au goût du XVIIIe siècle. Ses sept travées, ordonnancées autour de grandes fenêtres rectangulaires, témoignent de cette transformation classique, presque un effacement délibéré de l'esthétique primitive au profit d'une régularité alors jugée plus harmonieuse. La porte d'entrée, surmontée d'un simple linteau fileté, offre un point d'accès discret à un intérieur plus révélateur. C'est dans la cour intérieure que le caractère authentique, bien que fragmentaire, de l'hôtel se révèle. Une tour octogonale, emblème de l'hôtel particulier toulousain et marqueur de prestige, divise l'espace. Cette structure élancée, haute de dix-neuf mètres et coiffée d'une toiture à huit pans en briques canal, surmontée d'un épi de faïence, dissimule une vis d'escalier de quatre-vingt-deux marches de pierre, une prouesse technique qui desservait autrefois les étages. À l'intérieur de la tour, une porte d'étage arbore encore ses filetages et un arc en double accolade, ultime réminiscence de l'opulence initiale. De part et d'autre de cette tour, la cour propose un dialogue entre conservation et altération. À gauche subsistent des galeries de bois, éléments traditionnels offrant légèreté et circulation, tandis qu'à droite, trois niveaux de fenêtres gothiques, dont les croisillons ont été mutilés par le temps ou les remaniements, dévoilent des larmiers simples, hormis une exception singulière au deuxième étage où ils se terminent par des modillons sculptés de feuillages. L'histoire de l'Hôtel de Gayssion est aussi celle d'une succession de propriétaires illustres. Après les Montfort et les de Beynaguet, c'est Jacques de Catellan, conseiller au Parlement, qui fit probablement remanier la façade au XVIIIe siècle, cherchant à moderniser l'image de sa demeure. Plus tard, l'hôtel accueillit une figure singulière : le comte Józef Potocki, émigré polonais, chevalier et érudit, qui, loin de son pays natal, s'intégra avec aisance à la vie toulousaine à la fin du XVIIIe siècle. Membre des académies locales, il y laissa une empreinte intellectuelle et architecturale, faisant construire une ferme de style néo-palladien aux abords de la ville, témoignage de l'influence des Lumières et du cosmopolitisme de son époque. L'inscription partielle aux monuments historiques en 1979 est une reconnaissance, certes tardive, de la valeur patrimoniale d'un édifice qui, par ses transformations et sa persévérance, demeure un témoignage éloquent de l'évolution de l'architecture domestique toulousaine à travers les siècles.