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Enceinte de Philippe Auguste

Enceinte de Philippe Auguste

17, 19, 21 rue des Jardins-Saint-Paul, Paris 4e

L'Envolée de l'Architecte

L'enceinte de Philippe Auguste, dont l'existence relève aujourd'hui d'une archéologie urbaine des plus discrètes, s'érigea non point par caprice esthétique, mais par une nécessité impérieuse : celle de prémunir une capitale naissante d'infortunes guerrières. Œuvre d'un pragmatisme édifiant, elle dessina, à la fin du XIIe siècle et au début du XIIIe, les contours d'un Paris qui aspirait à la grandeur, en dépit des menaces anglo-normandes de la dynastie des Plantagenêts. Commanditée par le souverain avant son départ pour la troisième croisade, cette muraille de pierre traduisait une volonté de sécuriser un centre de pouvoir et de développement, d'abord sur la rive droite entre 1190 et 1209, puis sur la rive gauche de 1200 à 1215, la priorité étant judicieusement accordée au secteur le plus exposé. Cet aménagement, loin d'être un simple retranchement, accompagna et stimula l'essor urbain. En englobant de nouveaux quartiers comme les Champeaux, en favorisant le transfert de foires, et en intégrant des terres à bâtir pour l'abbaye-Saint-Geneviève, l'enceinte contribua à faire de Paris la résidence royale la plus fréquentée, le siège d'une administration centrale émergente, et un pôle culturel majeur avec l'éclosion de l'Université. La cité, ainsi délimitée sur quelque 253 hectares, atteignit au XIVe siècle une population considérable, témoignant de l'efficacité de cette stratégie de consolidation. La structure même de l'enceinte relevait d'une conception fonctionnelle. Haute de six à neuf mètres avec son parapet, et épaisse de quatre à six mètres à sa base, elle se composait d'un double parement de moyen appareil enserrant un blocage de pierres et de mortier, offrant une robustesse certaine. Un chemin de ronde d'environ deux mètres de large, crénelé sur toute sa longueur, permettait la circulation des défenseurs. Soixante-treize tours semi-cylindriques, non débordantes vers l'intérieur, flanquaient la courtine tous les 55 à 60 mètres. D'un diamètre de six mètres et quinze mètres de hauteur, ces tours à trois étages – dont les niveaux supérieurs de la rive gauche étaient munis d'archères, augmentant leur valeur défensive – présentaient des toits coniques, détails d'une architecture militaire sobre. Aux points de jonction avec la Seine, quatre imposantes tours (la Tour du Coin et la Tour de Nesle à l'ouest, la Tour Barbeau et la Tournelle à l'est), d'une hauteur de 25 mètres et d'un diamètre de 10 mètres, contrôlaient la navigation fluviale par de lourdes chaînes tendues en travers du fleuve, un dispositif aussi efficace que dissuasif. Les quatorze portes principales initiales, puis leurs nombreuses poternes ajoutées pour pallier l'accroissement du trafic, étaient défendues par des tours talutées encadrant un passage voûté, sécurisé par des herses et des vantaux de bois. Les portes de la rive droite arboraient une forme quadrangulaire, quand celles de la rive gauche se distinguaient par un petit châtelet débordant vers l'intérieur, encadré de tours semi-circulaires, signes de l'adaptation constante aux contingences topographiques et tactiques. Le temps, cependant, éroda cette œuvre. Si l'enceinte de Charles V supplanta celle de Philippe Auguste sur la rive droite, la rive gauche continua de s'appuyer sur la vieille muraille jusqu'au XVIe siècle, la voyant renforcer par le creusement de fossés, l'inondation de certaines sections et l'érection de barbicanes, témoignant d'une ingénierie défensive en perpétuelle adaptation. Mais l'urbanisation galopante et le règne de François Ier initièrent sa lente démolition. Les fossés, devenus des égouts à ciel ouvert, furent remblayés. Les dernières portes, inadéquates face à une circulation toujours plus dense, disparurent dans les années 1680, rendant l'enceinte « totalement invisible ». Pourtant, cette fortification n'est pas entièrement effacée de la trame urbaine. Son « empreinte » se lit encore dans l'orientation de certaines rues, ou dans les vestiges discrètement intégrés aux édifices postérieurs. Au 11, rue du Louvre, on aperçoit le parement intérieur d'une tour. Plus spectaculaire, la rue des Jardins-Saint-Paul abrite la plus longue portion conservée (60 mètres), avec les restes de la tour Montgommery, du nom de ce capitaine de la garde écossaise dont la joute fatale à Henri II l'aurait mené derrière ces murs, une ironie de l'histoire pour une enceinte dont la vocation était la protection et non l'emprisonnement. Sous le bureau de poste de Jussieu, subsistent les vestiges d'une arche enjambant la Bièvre. Ces fragments, souvent cachés dans les caves ou les cours intérieures, sont les témoins silencieux d'une frontière révolue, d'un Paris médiéval dont les fondations se rappellent à nous, non par l'éclat de leur surface, mais par la subtilité de leur empreinte souterraine ou murale.