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Musée des arts et métiers(ancienprieuré Saint-Martin-des-Champs)

Musée des arts et métiers(ancienprieuré Saint-Martin-des-Champs)

270, 278, 292 rue Saint-Martin 31 à 55 rue du Vertbois rue Vaucanson rue Réaumur, Paris 3e

L'Envolée de l'Architecte

Il est toujours singulier de voir un ancien prieuré clunisien, jadis temple de la spiritualité médiévale, se muer en conservatoire des prouesses techniques et de l'ingéniosité humaine. L'édifice qui abrite aujourd'hui le musée des Arts et Métiers, ce vénérable ensemble de Saint-Martin-des-Champs, témoigne d'une succession d'appropriations et de métamorphoses, une véritable palimpseste architectural. Nationalisé à la Révolution, il fut affecté, dès 1798, à la mission singulière que l'abbé Grégoire avait assignée au Conservatoire : rendre accessibles les savoirs techniques, autrefois l'apanage de corporations jalouses ou de cabinets aristocratiques. Une démocratisation qui résonne encore. L'intervention majeure, sous la houlette de Léon Vaudoyer au XIXe siècle, a imprimé une marque indélébile, drapant la nef et le chœur de l'ancienne église d'un décor néogothique. Ce pastiche, d'une certaine élégance académique, pose la question de la pertinence stylistique : quel est le dialogue entre ces ogives factices et les machines à vapeur, les avions, les automates qu'elles encadrent désormais ? C'est une tentative de concilier la grandeur d'un passé ecclésiastique avec la dynamique du progrès industriel, non sans une certaine ironie involontaire. L'héritage clunisien initial, tout en pierre de taille, dialogue ainsi avec les ajouts décoratifs et, plus tard, avec la froide fonctionnalité des structures muséales contemporaines introduites lors des rénovations des années 1990 par Andrea Bruno et Luciano Pia, ou encore le pragmatisme des réserves de Saint-Denis conçues par François Deslaugiers. Les collections, dont le noyau fut initialement constitué par l'ingénieux Vaucanson et ses automates – dont le célèbre canard digérateur, merveille d'horlogerie et d'illusion – racontent l'odyssée technique. De la machine à organsiner la soie à l'avion de Blériot suspendu dans la nef, c'est une traversée de l'ingéniosité. L'expérience du pendule de Foucault, qui y démontre inlassablement la rotation terrestre, installe une permanence dans le temps, ancrée dans cet espace transfiguré. Cette confrontation entre la masse statique de la pierre et la cinétique des mécanismes, entre le plein des objets et le vide sacré d'antan, crée une tension spatiale et philosophique. L'on y perçoit, au-delà de la simple exposition, l'effort continu d'une nation à préserver la mémoire de ses innovations, même si l'établissement connut une période de relative indifférence avant sa réhabilitation sous l'impulsion des grands travaux. L'hommage au lieu se prolonge jusque dans la station de métro adjacente, où l'esthétique onirique de François Schuiten prépare le visiteur à cette immersion dans un XIXe siècle réinventé, véritable préambule à la rencontre avec les merveilles et les chimères du progrès.