7, place de la République, Strasbourg
L'ancien palais de la Diète d'Alsace-Lorraine, érigé entre 1888 et 1892 par August Hartel et Skjøld Neckelmann, s'inscrit avec une certaine emphase dans le grand projet urbanistique de la Neustadt strasbourgeoise. Sa position au cœur du quartier impérial allemand, place de la République, affirmait dès l'origine une volonté de puissance et de légitimité caractéristique des édifices de l'ère wilhelminienne. Le style néo-Renaissance, alors prisé pour les bâtiments publics, privilégiait une solennité mesurée. On y retrouve les codes de la rigueur classique, avec des façades ordonnancées, des travées régulières, et un vocabulaire décoratif empruntant aux répertoires historiques, conférant à l'ensemble une densité et une texture qui l'ancraient solidement dans son environnement. Les architectes ont cherché à projeter une image de stabilité et d'autorité par l'emploi de la pierre de taille et des modénatures affirmées. Sa fonction originelle de siège du Landtag, l'assemblée législative du Reichsland Elsaß-Lothringen, s'acheva en 1919 avec le retour de l'Alsace-Lorraine à la France. Le bâtiment connut alors une réaffectation notable : cédé à la ville de Strasbourg, il devint, dès 1920, le conservatoire de musique. Il est assez singulier de noter que Guy Ropartz, son nouveau directeur, refusa l'ancien Palais Impérial, qu'il jugeait une triste bâtisse, préférant l'atmosphère sans doute moins ostentatoire de l'ancienne diète pour ses musiciens. Cette anecdote illustre un certain recul face aux symboles du pouvoir. La Seconde Guerre mondiale marqua l'édifice d'une empreinte indélébile. Le bombardement américain du 25 septembre 1944 détruisit la partie est, celle-là même qui abritait l'hémicycle de l'assemblée. Cet événement tragique ouvrit la voie à une intervention architecturale radicale, témoin des ruptures stylistiques du XXe siècle. De 1950 à 1957, Pierre Sonrel, en collaboration avec Michel Saint-Denis, y conçut un théâtre doté d'une salle de plan circulaire. Cette insertion moderne, audacieuse par sa forme géométrique pure, tranche délibérément avec le bâti historique. Elle substitue l'organicité de l'hémicycle traditionnel par une rondeur affirmant une nouvelle ère de conception. La cohabitation de ces deux écritures architecturales, le classicisme historiciste et la modernité d'après-guerre, confère au bâtiment une complexité particulière. Le plein et le vide se répondent à travers les époques. La robustesse des maçonneries originelles côtoie la clarté formelle de la nouvelle structure. Les façades, toitures et escaliers d'accès sur la place de la République, témoins de la permanence de son identité première, ont été classés monuments historiques en 1995. La salle de théâtre réalisée par Pierre Sonrel, pour sa part, fut inscrite en 1992, soulignant la valeur propre de cette intervention singulière. Ce lieu, après avoir abrité le pouvoir législatif d'un Reich, la musique puis le théâtre, demeure un point d'ancrage remarquable dans le paysage strasbourgeois, où l'histoire des fonctions et des formes se lit à ciel ouvert, une superposition d'époques et de volontés.