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Villa de Mlle Bachelard, par Tony Garnier

Villa de Mlle Bachelard, par Tony Garnier

7 rue de la Mignonne, 9e arrondissement, Lyon

L'Envolée de l'Architecte

La Villa de Mademoiselle Bachelard, discrètement implantée rue de la Mignonne, offre un aperçu concret, sinon modeste, des principes utopiques que Tony Garnier avait jadis esquissés dans sa Cité industrielle. Ce n'est pas une réplique grandiose, mais plutôt une incarnation domesticisée, une cellule résidentielle où l'idéal urbain se condense en une habitation individuelle. Construite entre 1917 et 1924 pour une amie de l'architecte, Mademoiselle Antoinette Bachelard, elle complète un triptyque résidentiel qui incluait déjà la propre demeure de Garnier et celle de son épouse, toutes situées dans ce même quartier de Saint-Rambert-l'Île-Barbe. Ce groupe, parfois désigné par une formule quelque peu grandiloquente de "villas à la romaine", suggère moins une référence stylistique directe qu'une aspiration à une certaine dignité et une organisation rationnelle de l'espace, à l'instar des demeures antiques, mais revisitée par l'esprit moderne. Loin des fioritures historicisantes, Garnier y développe une architecture épurée, caractérisée par des volumes simples et des lignes franches. On y observe l'usage intelligent du béton armé, même si souvent dissimulé par des enduits clairs, permettant des portées généreuses et une grande liberté dans l'agencement des ouvertures. Ces dernières, larges et horizontales, établissent une relation délibérée avec le jardin environnant, faisant pénétrer la lumière naturelle et estompant les frontières entre intérieur et extérieur, un leitmotiv de l'architecture moderne naissante. Garnier, cet urbaniste visionnaire, souvent moins reconnu pour ses réalisations individuelles que pour ses plans d'ensemble, a ici l'occasion d'appliquer à l'échelle intime ses convictions sur la salubrité, la fonctionnalité et l'esthétique. La villa Bachelard est une démonstration que l'idéal de la Cité industrielle n'était pas uniquement réservé aux grands équipements publics ou aux logements collectifs, mais pouvait se décliner avec la même rigueur pour une résidence privée. Le plan, bien que non détaillé dans les sources, se devine rationnel, articulé autour d'espaces de vie ouverts et lumineux, conçus pour le confort et la praticité. Il est intéressant de noter que ces villas, prototypes presque expérimentaux, n'ont pas fait l'objet d'un tapage médiatique retentissant à leur époque. Elles s'inscrivent plutôt dans une démarche discrète de recherche architecturale, loin des manifestes bruyants. Tony Garnier, personnage intègre et modeste, préférait l'action constructive à la théorisation ostentatoire. Son influence, bien que parfois diffuse, réside précisément dans cette capacité à incarner des idées progressistes sans jamais céder à l'excentricité gratuite. L'inscription de cette villa au titre des monuments historiques en 1991, et son label "Patrimoine du XXe siècle" en 2003, témoignent d'une reconnaissance tardive mais méritée, soulignant son rôle discret mais fondamental dans l'évolution de l'architecture domestique moderne en France. C'est une œuvre qui, sans crier gare, posa les jalons d'une nouvelle conception de l'habitat individuel, bien avant que d'autres ne s'en emparent avec plus d'éclat médiatique.