Proche du rond-point Brezet-Cournon-Lempdes, en direction de Lempdes, Clermont-Ferrand
Il est toujours quelque peu révélateur de constater comment les classifications évoluent au gré des lumières de la recherche. Le monolithe connu sous le nom suggestif de « Menhir de Sainte-Anne », ou « Pierre Longue », à Clermont-Ferrand, ne déroge pas à cette règle. Classé hâtivement en 1924 comme « menhir, milliaire », il souffrait alors d’une double identité approximative, oscillant entre l'évocation néolithique et la rigueur de l'ingénierie romaine. Or, les campagnes de fouilles de 2008, menées par Frédéric Surmely, ont permis de rectifier cette perception, ancrant fermement cet imposant bloc dans l'ère de La Tène, le désignant comme une stèle protohistorique du IIe siècle avant notre ère. Une rectification salutaire pour la justesse historique, éloignant toute chimère de l'antiquité romaine ou de la préhistoire lointaine. Cette pièce d'architecture vernaculaire, si l'on ose user d'un terme qui implique une certaine intention formelle, est taillée dans un granite porphyroïde. Le matériau, extrait des gorges de l’Artière à près de neuf kilomètres de là, témoigne d'une ambition et d'une organisation certaines, pour un transport et une mise en place sans les facilités de la machinerie moderne. Pesant aux alentours de 18 tonnes, ce fût une entreprise logistique des plus honorables. Sa section cylindrique, présentant quatre faces d’une régularité notable, suggère un équarrissage délibéré, signe distinctif des stèles protohistoriques, loin de la brute facétie du menhir néolithique. D'une hauteur totale de 5,70 mètres, seule une modeste portion de 2,50 mètres affleure aujourd’hui la surface, le reste étant enseveli par les caprices du temps et des remblaiements. Une partie de son histoire reste donc discrètement souterraine. L'élément le plus singulier de cette stèle est sans doute la dépression ovalaire, mesurant 21 centimètres sur 13,5 pour 7 centimètres de profondeur, que l'on observe sur sa face sud-ouest. L'on pourrait s'interroger sur la destination de cette cuvette : collecteur d'offrandes ? Marqueur symbolique pour une orientation astronomique ? La parcimonie des vestiges et l'absence de contexte funéraire rendent toute interprétation définitive délicate, conférant à ce détail une énigmatique poésie. Le sommet, quant à lui, est légèrement arrondi, adoucissant la verticalité stricte de l'ensemble.Positionné aujourd'hui avec une certaine indifférence au milieu d'un terre-plein délimité par l'ancienne route, à quelques encablures du menhir du Puy de la Poix, ce monolithe semble défier le temps, ou du moins, en observer le flux. Loin des grandioses alignements de Carnac ou des dolmens majestueux, la stèle de Beaulieu offre une humilité particulière, une permanence silencieuse. Son histoire, émaillée de reclassifications, illustre la lente et patiente progression de la connaissance archéologique, qui déshabille peu à peu ces pierres de leurs légendes pour leur rendre une identité plus juste et, paradoxalement, tout aussi fascinante. C'est un rappel discret que même les monuments les plus anciens ne sont pas figés dans leur interprétation.