3 rue Michelet 8 avenue de l'Observatoire 2 rue des Chartreux, Paris 6e
L'Institut d'art et d'archéologie, érigé entre 1925 et 1928 par Paul Bigot au confluent de l'avenue de l'Observatoire et de la rue Michelet, n'est pas un monument qui s'abandonne à l'ornementation gratuite. Sa genèse même est ancrée dans une nécessité fonctionnelle et une générosité providentielle. La donation de la riche Bibliothèque d'art et d'archéologie de Jacques Doucet en 1917, trop vaste pour les locaux existants de la Sorbonne, fut le catalyseur. Le don de trois millions de francs-or de la marquise Arconati-Visconti, somme considérable pour l'époque, permit de concrétiser ce projet ambitieux, soulignant le rôle crucial du mécénat dans l'édification de nos institutions savantes. Le concours lancé en 1920, remporté par Bigot face à des propositions comme celle d'Azéma et Hardy, marque une orientation vers une architecture académique rationalisée, adaptée aux exigences universitaires de l'entre-deux-guerres. Classé aux monuments historiques depuis 1996, cet édifice incarne une certaine austérité institutionnelle, loin des effusions stylistiques de l'Art déco contemporain. Son parti architectural, dicté par la fonction première de conservation et d'étude, est singulièrement articulé autour de sa bibliothèque. Les salles de cours et les couloirs ne se contentent pas d'enserrer cet espace central ; ils le définissent, créant une dialectique entre le plein (les volumes construits) et le vide (le cœur lumineux de la salle de lecture). C'est une architecture qui privilégie la clarté et l'efficacité, où la circulation et l'accès au savoir sont les véritables maîtres d'œuvre, une forme de fonctionnalisme discret, où l'esthétique découle d'une organisation logique. Bigot, par ailleurs, fut le concepteur du célèbre Plan de Rome, une maquette didactique monumentale de la Rome antique. Un exemplaire original de cette œuvre magistrale fut d'ailleurs longtemps exposé au dernier étage de l'Institut, servant d'outil pédagogique avant de connaître un destin brutal. En 1968, sous l'impulsion d'un certain élan révolutionnaire et d'un mépris regrettable pour le patrimoine matériel, cette pièce d'érudition fut jetée par les fenêtres, illustration éloquente des ruptures culturelles et des malentendus entre les générations et les idéologies. Depuis 1971, l'Institut partage ses locaux entre les départements d'histoire de l'art et d'archéologie des universités Paris I et Sorbonne Université. La Bibliothèque Doucet elle-même a migré en 1993 vers le site Richelieu, au sein de l'Institut national d'histoire de l'art, remplacée rue Michelet par une bibliothèque de premier cycle. Cette évolution témoigne de la constante réorganisation des savoirs et des lieux qui les abritent, l'édifice s'adaptant, avec une dignité certaine, aux mutations des institutions qu'il héberge. Son architecture, sans ostentation, continue d'être le réceptacle silencieux de l'érudition et de la transmission.