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Église Notre-Dame d'Épiais-Rhus

Église Notre-Dame d'Épiais-Rhus

Épiais-Rhus

L'Envolée de l'Architecte

L’église Notre-Dame d’Épiais-Rhus se dresse, imposante, dans un modeste village du Vexin, défiant par ses proportions la discrétion de son environnement. Œuvre homogène de la Renaissance, bâtie d'un seul élan entre 1570 et 1590, elle est l'une des rares du département à présenter une telle unité stylistique. Signée par le maître-maçon Nicolas Le Mercier, cette église se démarque par une sobriété qui, loin de la profusion ornementale des premières réalisations Renaissance, annonce l'architecture classique du XVIIe siècle. Pourtant, des échos du gothique persévèrent dans son voûtement d’ogives et son plan cruciforme, révélant une transition stylistique fascinante. Louis Régnier, éminent spécialiste, n’hésitait pas à la qualifier d'une simplicité frisant la froideur, bien qu'il ait reconnu en Le Mercier un esprit novateur. L'édifice doit sans doute ses dimensions généreuses et sa construction rapide à la munificence de la puissante famille de Montmorency, dont les armes, un aigle fier, ornent la clé de voûte de la croisée du transept, attestant un mécénat qui transcendait les contingences locales. Le Mercier, parvenu à l'apogée de sa maturité, semble avoir délibérément choisi ce parti pris d'épure, évitant peut-être les arrêts de chantier dus aux aléas financiers, fréquents à l'époque. L'extérieur, d'une rigueur architecturale certaine, ne retient l'attention que par son clocher. Celui-ci, déporté de manière atypique sur la dernière travée du bas-côté nord, s'élève en une tour à quatre niveaux couronnée d'une coupole octogonale en pierre. Cette coupole, inspirée par des modèles tels que Saint-Maclou de Pontoise, est unanimement saluée comme l'élément le plus réussi, tranchant avec des façades dénuées de l'opulence décorative habituelle de la Renaissance, où même les portails latéraux demeurent sans faste. À l'intérieur, malgré une blancheur des murs et l'absence de vitraux polychromes – autre signe avant-coureur du classicisme – l'impression de force et de solidité est palpable. Les grandes arcades en plein cintre, aux moulurations complexes, retombent sur des piliers cylindriques dotés de chapiteaux doriques dépouillés, et surmontés de chapiteaux du second ordre d'une invention toute personnelle. L'éclairage, principalement indirect, crée des jeux d'ombres qui modulent la perception des volumes. Le chœur, au-delà de son retable baroque du XVIIe siècle, abrite une frise exceptionnelle d'Apôtres et d'Évangélistes. Ces figures, représentées en buste et haut-relief sur la métope de l'entablement, avec leurs attributs distinctifs, semblent assister à l'office depuis un balcon, une mise en scène audacieuse qui rompt avec l'immobilité des figures médiévales et confère une vivacité saisissante à l'ensemble. On y trouve saint Marc avec son lion, saint Pierre tenant sa clé, et même saint Thomas, patron des architectes, avec son équerre. Cette frise, similaire à celle d'Ennery mais avec ses propres spécificités iconographiques, est une marque de l'originalité du lieu. Au fil des siècles, l'église a connu des restaurations et a vu une partie du mobilier de l'ancienne église de Rhus y être rapatriée, comme l'antependium du XVe siècle ou des statues de diverses époques, enrichissant un patrimoine qui, par sa cohérence et sa vision avant-gardiste, continue de susciter l'intérêt des observateurs avertis.