3 bis rue des Gobelins, Paris 13e
L'hôtel Mascarini, ou plutôt la « grande maison des Gobelins », s’offre aujourd'hui comme un palimpseste urbain, plus révélateur des strates de l'histoire parisienne que d'une intention architecturale unifiée. Sa visibilité depuis la rue des Gobelins étant quasiment nulle, dissimulé qu'il est derrière une construction plus prosaïque du début du XXe siècle, il se dérobe au regard immédiat, invitant à une exploration plus attentive de son passé protéiforme. Cet ensemble de bâtiments, dont l'existence remonte au XVe siècle avec l'installation de Jehan Gobelin, père fondateur d'une lignée de teinturiers, fut d'emblée un lieu de convergence entre l'industrie et l'habitat. Il incarne cette particularité faubourienne où la demeure bourgeoise côtoyait l'atelier bruissant d'activité et le logement ouvrier. Cette mixité fonctionnelle, loin de l'ordonnancement rigoureux des hôtels particuliers de l'époque classique, témoigne d'un pragmatisme économique persistant. L'histoire de sa propriété est un chassé-croisé. Après les Gobelin, et une brève mais intense menace de pillage en 1621 par une foule catholique après la destruction du temple de Charenton — un rappel brutal des tensions religieuses de l'époque —, ce sont les banquiers Mascrani qui en firent l'acquisition en 1670. Mais c'est véritablement sous l'impulsion de Jean Glucq, puis de son neveu et successeur Jean de Jullienne à partir de 1721, que la manufacture connut son apogée et que le bâtiment principal fut substantiellement réaménagé entre 1686 et 1733. Jullienne, figure emblématique de l'art du XVIIIe siècle, collectionneur érudit et mécène de Watteau et Chardin, fit de cette demeure un écrin pour son "immense collection" tout en pérennisant une activité industrielle florissante. Cette cohabitation entre la finesse des arts et la robustesse de la production est une des grandes ironies de l'édifice. L'architecture actuelle révèle ce processus de superposition. Si le corps principal, dont les fondations reposent sur des carrières voûtées – une technique courante à Paris pour tirer parti du sous-sol – conserve des vestiges du XVe siècle tels des poutres et arcs ogivaux à l'intérieur, son aspect général fut largement recomposé à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle. La galerie, ornée de huit colonnes doriques, datée des années 1730, affirme une volonté de classicisme et d'ordonnancement, bien que l'étage surmontant celle-ci soit une addition postérieure, symptomatique d'une constante adaptation aux besoins. L'inscription de la rampe de l'escalier au titre des monuments historiques en 1928, détail modeste mais significatif, souligne la valeur intrinsèque de ce qui a pu être préservé de l'artisanat d'époque. Le déclin inéluctable de la manufacture au début du XIXe siècle, entraînant un "démembrement" progressif de la propriété jusqu'au percement de la rue Gustave-Geoffroy en 1906, parachève l'histoire de cette "maison d'en haut". L'Hôtel Mascarini n'est donc pas un monument figé, mais le témoin discret d'une époque révolue, une architecture faite de compromis et de réaménagements, où le grand commerce, l'art et le quotidien des artisans se sont entrelacés dans une discrétion toute parisienne.