Rue Paul-Louis-Lande Rue Magendie, Bordeaux
La chapelle Saint-Joseph de Bordeaux, classée monument historique en 1978, offre un témoignage singulier de l'architecture religieuse du XVIIe siècle, non pas par son exubérance, mais par la sobriété de ses intentions et la persévérance de ses fondatrices. Initialement vouée à l'accueil d'orphelines par la Société des sœurs de Saint-Joseph, une œuvre caritative bordelaise dont l'élan fut porté par Marie Delpech de l’Estang dès 1616 et approuvé par les plus hautes instances, de l'archevêque aux rois Louis XIII et XIV, l'édifice révèle une histoire faite de contraintes et d'adaptations. L'accroissement des pensionnaires nécessita une nouvelle chapelle, un projet mené par la supérieure Jeanne Durfort en 1663. L'architecte Julien Foucré, dont on connaît quelques interventions baroques ailleurs en ville, fut vraisemblablement en charge des plans. Il est à noter, et non sans une certaine ironie, que les travaux débutèrent sans l'approbation formelle de l'archevêque, entraînant une interruption précoce du chantier, signe d'une certaine désinvolture ou d'une ferveur pressée. Achevée en 1671, cette chapelle fut plus tard victime des aléas de l'histoire, désaffectée durant la Révolution, puis réinvestie par le Bureau de Bienfaisance au XIXe siècle, une époque qui vit probablement une première campagne de restauration. L'on s'amuse d'ailleurs de l'apparition des armes du pape Pie IX sur la voûte, indice des nouvelles allégeances. Mais c'est au cours des années 1980 et 1990 que son état suscita une certaine consternation. Malgré son classement, l'édifice se dégradait, à tel point que la statue de saint Joseph et l'Enfant Jésus, pièce maîtresse de la niche sur la façade principale, fut décapitée par les intempéries avant d'être retirée. Une anecdote qui en dit long sur la diligence de la conservation patrimoniale. Ironie du sort, cette chapelle originellement catholique fut, après une restauration salvatrice, confiée en 1999 à une paroisse de la métropole orthodoxe roumaine, offrant une nouvelle vie à son sanctuaire. L'analyse de la façade occidentale, datant du XVIIIe siècle, révèle une composition en pierre calcaire d'une rigueur tout classique. Une partie centrale, à peine saillante, correspond à la nef, encadrée de deux pilastres ioniques ornés de guirlandes, supportant un entablement et une corniche à modillons. Le fronton cintré qui la surmonte achève cette élévation. La porte rectangulaire, elle-même flanquée de pilastres et surmontée d'un fronton brisé aux rampants incurvés, déploie un décor de rinceaux en bas-relief, une évocation végétale somme toute discrète. La niche supérieure, vide aujourd'hui, abritait autrefois la statue du saint patron, rappelant l'iconographie dévouée à Joseph et la Vierge Marie, particulièrement visible sur la boiserie de la porte. L'élévation sud, rue Magendie, présente deux niveaux scandés par un bandeau, où les contreforts affleurent le mur, et des fenêtres en plein-cintre d'une simplicité fonctionnelle. L'élévation nord, plus récemment dégagée, laisse apparaître les vestiges des structures anciennes par des arcs en plein-cintre, témoignant des évolutions du bâti environnant. À l'intérieur, le plan est celui d'une église orientée, avec une nef flanquée de chapelles peu profondes et un transept non saillant. La tribune, ajoutée en 1708, se déploie sur une voûte en anse de panier. Les élévations latérales de la nef sont à deux niveaux, avec des arcades en plein-cintre menant aux chapelles et des fenêtres qui pénètrent la voûte. Les voûtes en plein-cintre surhaussé du vaisseau principal sont ornées des armes des généreux donateurs, témoignage de la gratitude de la congrégation. Le chœur, avec son abside à cinq pans, est largement masqué par un retable en pierre, œuvre classée de 1666-1674. Ce retable, d'une composition rare pour l'époque, délimite un tableau central par des colonnes corinthiennes et présente sur ses ailes des bas-reliefs illustrant des scènes originales de la vie de saint Joseph, comme sa première vision ou la Fuite en Égypte, marquant ainsi un nouvel essor pour ce culte. Les décors secondaires, tels que la chaire ou les vitraux, sont des ajouts postérieurs, adaptés à l'ensemble, mais sans faire partie du programme primitif. Finalement, les restaurations récentes, financées par une triple alliance État, Département et Ville, ont permis de pérenniser cet édifice, lui évitant une destruction qui, à l'évidence, n'aurait manqué que de peu d'advenir.