Chemin de la Pompadour, Boissy-Saint-Léger
L'édifice que l'on nomme Château du Piple, tel qu'il nous apparaît aujourd'hui, est une manifestation architecturale datée de 1850. Ce jalon temporel le place fermement au cœur du Second Empire, une période où l'éclectisme et l'historicisme dominaient le paysage stylistique français. Il ne s'agit pas ici d'une ruine romantique ou d'une lointaine survivance médiévale, mais bien d'une construction éminemment bourgeoise, conçue pour affirmer une certaine position sociale et financière, soucieuse de s'inscrire dans une lignée aristocratique par l'emprunt de formes passées. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'ouvrage est attribué à l'architecte Vestier, à l'architecte paysagiste René-Edouard André, dont l'école marqua profondément l'aménagement des parcs de cette époque, et à l'ébéniste Fourdinois, dont le nom seul évoque un certain luxe intérieur, caractéristique d'une bourgeoisie d'affaires prompte à l'ostentation. Son positionnement à Boissy-Saint-Léger, non loin de Grosbois, suggère une intention de s'ancrer dans un tissu foncier déjà imprégné d'une certaine noblesse foncière. Les façades et toitures, pièces maîtresses de l'ordonnancement extérieur, relèvent sans doute de cet historicisme de bon aloi, probablement teinté de néo-Renaissance ou de néo-Louis XIII, avec l'emploi de la brique et de la pierre de taille alternées, ou un enduit clair rehaussé de chaînes d'angle. On imagine des lucarnes ouvragées, des modénatures classiques et un rythme régulier des ouvertures, visant à établir une relation équilibrée entre le plein des murs et le vide des baies, conférant à l'ensemble une dignité toute académique. L'orangerie, qui lui est associée, complète cette composition, répondant aux nécessités d'une villégiature où la culture des agrumes en hiver demeurait un signe certain de distinction. La fontaine Saint-Babolien, enfin, suggère l'existence d'un jardin formel ou d'un point focal dans un parc dessiné par André, maître dans l'art des perspectives paysagères, où la nature est savamment ordonnancée pour magnifier la demeure. À l'intérieur, les grands et petits salons du rez-de-chaussée, dont les décors sont protégés, devaient être le reflet précis de ce que Fourdinois savait exécuter : boiseries sculptées avec une certaine opulence, cheminées monumentales, parquets marquetés, stucs et dorures, le tout dans une harmonie éclectique qui puisait sans scrupule dans les répertoires Louis XIV, XV ou Empire. Ces espaces servaient sans aucun doute de cadre à la réception et à l'affichage des codes sociaux de l'époque, où chaque détail contribuait à l'image du maître des lieux. Ce maître ne fut pas toujours le banquier Hottinguer. Le château a en effet connu une pré-histoire singulière, ayant appartenu à Charles Louis Schulmeister, espion prussien au service de Napoléon Bonaparte, figure énigmatique dont la carrière fut faite d'ombres et d'intrigues. Cette possession éphémère d'un homme de l'ombre confère au Piple une première couche de mystère avant qu'il ne passe, en 1819, aux mains du banquier suisse Jean-Conrad Hottinguer. Ce passage de témoin symbolise une transformation des élites : de l'agent secret napoléonien à la haute finance protestante. C'est Rodolphe Hottinguer, son fils, qui héritera et présidera probablement aux destinées du château tel qu'on le connaît, reflétant la puissance et la pérennité de cette dynastie bancaire du XIXe siècle. L'inscription au titre des monuments historiques en 1975, bien que tardive pour une œuvre du Second Empire, confère à l'ensemble une reconnaissance patrimoniale, même si elle n'intervient qu'un siècle après sa conception. Ironie du sort, ou plutôt pragmatisme économique, le château et ses dépendances ont depuis connu une inévitable reconversion. L'ancienne ferme, l'orangerie et le château lui-même ont été réhabilités en appartements, transformant une demeure de grand prestige en copropriété privée. C'est là le destin commun de nombre de ces édifices, contraints de s'adapter aux impératifs modernes, leur splendeur d'antan se diluant parfois dans la pluralité des existences, compromis entre la préservation d'une forme et la nécessité d'une nouvelle affectation.