Paris 3e
L'Église Sainte-Élisabeth-de-Hongrie, à Paris, se présente comme un palimpseste architectural, où les strates du XVIIe et du XIXe siècle se superposent, non sans une certaine dialectique. Initialement chapelle d'un monastère de religieuses franciscaines, dont l'une des pensionnaires aurait pu être la fille de Molière, elle incarnait les aspirations classiques du XVIIe siècle, sous l'égide de Marie de Médicis. Les travaux de Louis Noblet puis de Michel Villedo édifièrent un lieu à la fois modeste et fonctionnel pour le Tiers-Ordre, doté d'une nef à quatre travées et d'un chevet plat, reflétant une certaine rigueur conventuelle. Sa dédicace en 1646, sous l'œil d'Anne d'Autriche et du futur cardinal de Retz, scellait son destin initial. La Révolution, avec sa fureur iconoclaste, la métamorphose en un prosaïque « Magasin Élisabeth », dépouillant l'édifice de son campanile et de sa vocation première, tout en se trouvant à une distance symbolique de la tour du Temple où la famille royale fut incarcérée. Sa résurrection post-révolutionnaire la propulse au rang d'église paroissiale, palliant la destruction de l'ancienne Sainte-Marie-du-Temple, un changement de statut qui exigeait une extension significative de son programme spatial. L'intervention d'Étienne-Hippolyte Godde, sous la Restauration, est décisive. Ce dernier, non content d'agrandir l'édifice d'un chœur, d'un déambulatoire et de chapelles latérales, lui confère une nouvelle ampleur. La disparition ultérieure d'une chapelle axiale pour le percement de la rue Turbigo n'est qu'une des nombreuses vicissitudes urbaines qu'un tel monument est amené à subir. Le déambulatoire s'enrichit des cent bois sculptés de l'abbaye Saint-Vaast d'Arras, un ensemble du début du XVIIe siècle dont l'iconographie, issue de la réforme post-tridentine, témoigne d'une pédagogie spirituelle visuelle d'une rare intensité. Ces reliefs, remis en place par Victor Baltard, sont un exemple notable de réemploi patrimonial. La façade, d'une sobriété héritée du style jésuite, se pare de statues du Second Empire, témoignant de l'engagement impérial, notamment avec sainte Eugénie. À l'intérieur, la demi-coupole du chœur, ornée de la fresque de Jean Alaux représentant la Glorification de sainte Élisabeth, introduit une note de lyrisme académique au XIXe siècle. Les vitraux des bas-côtés, œuvre de l'atelier de Sèvres d'après les cartons d'Abel de Pujol, offrent un témoignage rare de la manufacture s'aventurant dans l'art sacré. Le grand orgue, œuvre de Marie Antoine Louis Suret inauguré en 1853, est en soi une histoire de résilience. Classé monument historique, il représente une prouesse technique et acoustique de son temps, ayant traversé les modifications et une restauration exigeante qui s'efforça de restituer son intégrité originelle, à l'exception de quelques concessions. L'église, en dépit de ces transformations successives, est parvenue à conserver une certaine cohérence. Sa capacité à traverser les âges et les tumultes, de chapelle monastique à église paroissiale et sanctuaire de l'Ordre de Malte depuis 1938, sans jamais déroger à une certaine dignité, force une observation dépassionnée. Il est d'ailleurs de notoriété qu'elle servit de refuge à des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale, ajoutant une dimension humaine discrète mais essentielle à son histoire déjà riche.