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couvent des Récollets de Versailles

couvent des Récollets de Versailles

9 rue des Récollets, Versailles

L'Envolée de l'Architecte

Le couvent des Récollets de Versailles, dont l'édification fut achevée en 1684, sous l'égide de Louis XIV, présente une histoire qui entrelace le spirituel, le martial et désormais le mercantile. Initialement destiné à une branche des Franciscains, ces aumôniers des armées royales, il fut une pièce discrète mais essentielle du grand projet urbanistique voulu par le souverain. L'emplacement même du couvent est révélateur de cette ingénierie royale, succédant à une église Saint-Julien déplacée pour faire place à la cour. Sans l'emphase des grands monuments, l'architecte du Roi, Jules Hardouin-Mansart, lui prêta sans doute une sobriété classique, une rationalité formelle digne de l'ordre qu'il devait abriter. Son plan quadrilatère, articulé autour d'un cloître qui enserre un jardin à la française, évoque la discipline et le recueillement, des qualités appréciées tant par les religieux que par les stratèges militaires. Le portail d'honneur, orné d'un fronton, ouvrait jadis sur la rue des Récollets, offrant un accès aux paroissiens avant que le tumulte révolutionnaire ne vienne en bousculer la quiétude. La chapelle conventuelle, à nef unique et de plan basilical, fut hélas démantelée en 1796, ne laissant de sa présence qu'une empreinte pavée dans la cour intérieure, stigmate d'une architecture perdue. C'est à la Révolution que le lieu connut ses premières grandes convulsions. On se souvient de l'ironie du sort lorsque les députés du Tiers-État, cherchant un refuge après le serment du Jeu de paume, se virent refuser l'asile par les moines, préférant sans doute la prudence à l'engagement politique. Une décision qui mena ces mêmes députés vers l'église Saint-Louis, et qui préluda à la transformation du couvent en prison, puis en caserne dès le dix-neuvième siècle. De lieu de prière, il devint ainsi un espace de contrainte, puis de discipline militaire, accueillant notamment le 5e régiment du génie lors du premier conflit mondial. Cette nouvelle vocation, bien que radicalement différente, sut préserver les structures essentielles de l'édifice, classé monument historique en 2016. Mais l'histoire de ce bâtiment n'est pas figée. Après avoir vu ses jardins réaménagés en 2013 dans le cadre de la Cour des senteurs, l'ancien couvent se trouve aujourd'hui à l'aube d'une nouvelle métamorphose, potentiellement la plus radicale. Le ministère des Armées, dans un geste que d'aucuns jugeront éminemment pragmatique, envisage de céder ce patrimoine pour quelque cinquante millions d'euros. L'idée d'y installer un hôtel de luxe, sur cinq mille mètres carrés et avec un potentiel constructible non négligeable à l'emplacement de l'ancienne chapelle, parachève cette longue histoire de reconversions. Le recueillement franciscain, la rigueur militaire, et bientôt le faste touristique : autant de fonctions qui, à travers les siècles, ont modelé et défiguré l'âme de cette architecture, témoignant de la versatilité des pierres face aux impératifs changeants des hommes.