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Palais des Arts

Palais des Arts

1 place Carli, Marseille

L'Envolée de l'Architecte

L'édification du Palais des Arts à Marseille en 1864 n'est pas tant le fruit d'une vision unitaire que la conséquence d'une réorganisation urbaine, une réponse pragmatique au déplacement d'institutions culturelles. Henri-Jacques Espérandieu, figure notable de l'architecture marseillaise du XIXe siècle, fut chargé de cette entreprise, non sans affronter la déclivité marquée du terrain, qui nécessita des fondations d'une profondeur considérable pour assurer la stabilité de l'ensemble. L'édifice présente d'emblée une façade principale, entièrement vêtue de pierre de Tarascon, conçue pour être didactique. Ses deux avant-corps, symétriques en apparence, marquent distinctement la double vocation originelle du lieu : l'École des Beaux-Arts à gauche, la bibliothèque municipale à droite, avec son cabinet des médailles. Au-dessus de chaque accès, une fenêtre à plein cintre est encadrée par des génies ailés portant des écussons frappés de l'alpha et de l'oméga, symboles discrets du savoir et de l'art dans leur globalité. Des niches sommitales abritent les figures des génies des sciences et des arts, œuvres de Truphème et Chabaud. Plus singulière est la frise narrative qui ponctue cette façade : dix bustes de monarques, de Sésostris à Napoléon Ier, juchés sur des piédouches ioniques, chacun associé à la gravure d'une réalisation architecturale emblématique de son ère. Cette galerie, exposant des civilisations égyptienne, grecque, romaine jusqu'à l'école moderne, révèle une ambition encyclopédique, un panthéon de l'art à ciel ouvert, caractéristique des aspirations du XIXe siècle à instruire par l'exemple monumental. Au-delà de cette solennelle façade, la cour d'honneur révèle une matérialité différente. Là, la brique rouge alterne avec le chaînage de pierre, conférant à l'espace intérieur une atmosphère plus intime, voire plus fonctionnelle, tout en conservant une certaine dignité. Un hémicycle soutenu par des colonnes en granit du lac Majeur y projette une masse sobre. On y remarque un monument commémoratif dédié à Espérandieu lui-même, réalisé par André-Joseph Allar et Joseph Letz. L'architecte y est représenté un carnet à la main, témoignage d'une activité créatrice, son piédestal étant orné de médaillons évoquant ses réalisations phares. Les noms de grands maîtres, de Brunelleschi à Rembrandt, sont inscrits sur des cartouches, poursuivant cette volonté d'érudition et de filiation artistique. En appendice, un bâtiment annexe, doté d'une fontaine en trompe-l'œil de Jules Cavalier, utilise l'artifice pour animer une surface aveugle, complétant astucieusement l'ensemble. Ce jardin accueille également une colonne de granit recyclée de l'abbaye de Saint-Victor, surmontée du génie de la santé par Chardigny, un clin d'œil à l'histoire locale et à la peste de 1720. Les travaux, interrompus par des contraintes financières et le conflit de 1870, ne furent achevés qu'après la disparition d'Espérandieu en 1874, par ses collaborateurs Joseph Letz et Gaudensi Allar, conférant à l'édifice le statut d'une œuvre posthume fidèle à l'esprit initial. La mise en place du mobilier en chêne et la décoration de la salle des fêtes par Dominique Antoine Magaud parachevèrent l'aménagement. Le Palais des Arts, inscrit puis classé au titre des monuments historiques, a connu plusieurs vies. Après le départ de la bibliothèque et de l'école des Beaux-Arts vers d'autres horizons, il hébergea un temps les archives municipales avant de devenir le Conservatoire à rayonnement régional, portant aujourd'hui le nom de Pierre Barbizet. Cette succession d'affectations souligne la robustesse et l'adaptabilité d'une architecture conçue avec une certaine permanence, un écrin solennel pour diverses formes de culture et de savoir, représentatif de l'architecture civique du Second Empire.