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Faubourg-jardin du Stockfeld

Faubourg-jardin du Stockfeld

Stockfeld, Strasbourg

L'Envolée de l'Architecte

L'idée d'un faubourg-jardin, tel que celui du Stockfeld à Strasbourg, émergeait au début du XXe siècle comme une réponse pragmatique aux maux urbains. Il s'agissait alors de conjuguer l'hygiène et la modernité, loin de la densité insalubre des centres-villes. En 1907, la municipalité strasbourgeoise, sous l'égide du maire Rudolf Schwander, entreprit un vaste programme d'assainissement, impliquant la démolition de nombreuses habitations du centre historique. Ce déplacement forcé de populations nécessitait une solution de relogement d'envergure, que le modèle de la cité-jardin promettait d'apporter. Le projet retenu fut celui d'Édouard Schimpf, un architecte qui, loin d'une inventivité solitaire, s'inscrivait dans un courant international bien établi. Il s'inspira ouvertement des théories anglaises, allant même jusqu'à nommer son concept initial Howard, en hommage implicite à l'idéal paysager et social de ces ensembles. Schimpf connaissait également Hellerau, près de Dresde, le premier exemple continental de cette typologie, inauguré dès 1909. Cette inspiration transnationale est caractéristique des mouvements urbanistiques de l'époque, où les solutions aux problèmes de logement transcendaient les frontières nationales. L'ambition était de créer un environnement où chaque foyer disposerait de son propre jardin, favorisant une connexion directe avec la nature, loin des miasmes urbains. La réalisation de cette vision fut, comme souvent, contrariée par les réalités du terrain et les frictions humaines. Édouard Schimpf, après avoir esquissé la trame générale et les principes constructifs, quitta le chantier suite à des désaccords avec la municipalité. C'est Ernst Zimmerle qui prit alors la suite, devant composer avec les contraintes d'une entreprise complexe. Le plan initial prévoyait un ensemble de 457 logements, une échelle significative pour l'époque. Cependant, les circonstances géopolitiques intervinrent de manière drastique: l'éclatement de la Première Guerre mondiale interrompit brutalement les travaux. Seuls 220 logements purent être achevés, laissant une partie du projet en jachère, témoignant des aléas qui peuvent sceller le destin des grandes entreprises urbaines. Sur le plan architectural, le Stockfeld déploie une esthétique fonctionnelle, privilégiant l'unité et la répétition. Les constructions, souvent en brique, avec leurs toitures pentues, s'inscrivent dans une tradition constructive vernaculaire, mais adaptée à la production en série. L'organisation spatiale est pensée pour optimiser l'ensoleillement et l'accès aux espaces verts individuels, caractéristiques essentielles de la cité-jardin. Les pleins bâtis s'articulent avec les vides généreux des jardins, créant un tissu urbain aéré, très éloigné de la densité traditionnelle. La reconnaissance de cet ensemble comme monument historique depuis 1996 souligne non seulement son intérêt patrimonial, mais aussi son rôle comme jalon dans l'histoire de l'urbanisme et des politiques de logement social en Alsace, offrant une perspective sur les aspirations et les compromis de l'ère pré-guerre.