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Palais du Luxembourg

Palais du Luxembourg

Rue de Vaugirard, Paris 6e

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice qui s'élève au cœur de Paris sous le nom de Palais du Luxembourg, dès sa conception au début du XVIIe siècle, se voulut une évocation florentine en terre parisienne. Marie de Médicis, reine régente lasse des splendeurs contraintes du Louvre, en commanda l'élaboration à Salomon de Brosse, avec la ferme intention de retrouver l'esprit de son palais Pitti natal. Cette aspiration se traduisit par une rupture notable avec la tradition française de l'époque, délaissant le mariage habituel de la brique et de la pierre au profit d'une majestueuse pierre de taille et d'un bossage imposant, conférant à l'ensemble une gravité classique, presque étrangère. Son plan, quoique d'inspiration française – cour d'honneur, corps d'entrée surmonté du dôme Tournon, pavillons –, intégra des audaces comme l'ampleur inédite du corps de logis principal. Commencé en 1615, le chantier fut rapidement rattrapé par les soubresauts politiques. Marie de Médicis ne put profiter longtemps de sa retraite rêvée, exilée par son fils Louis XIII à la suite de la fameuse « journée des Dupes » en 1631. Le palais, d'abord « Médicis », devint « d'Orléans » au gré des successions princières, traversant les aléas dynastiques avec une imperturbable indifférence. Il connut même les fantaisies de la duchesse de Berry, fille du Régent, dont les grossesses illégitimes au sein même de ces murs, au XVIIIe siècle, alimentèrent la chronique scandaleuse d'un Paris qui n'en demandait pas tant. Une parenthèse plus didactique s'ouvrit en 1750 avec l'ouverture d'une galerie royale de peinture, premier musée d'art public en France, préfigurant le Louvre. Mais la Révolution ne fut pas tendre : le « Luxembourg » devint une prison, accueillant, entre autres, Danton et même le peintre David, qui y réalisa son unique paysage. Le destin parlementaire de l'édifice s'affirma avec Bonaparte, pour finalement ancrer le Sénat français en ses murs. Cette vocation imposa des métamorphoses substantielles. Si Chalgrin initia les adaptations au tournant du XIXe siècle, c'est Alphonse de Gisors qui, entre 1836 et 1842, opéra l'intervention la plus audacieuse : l'avancement de la façade sur jardin de 31 mètres pour permettre l'agrandissement de l'hémicycle. Une opération d'envergure, dictée par la démographie sénatoriale, qui modifia en profondeur la dialectique du bâti avec son environnement paysager. Les statues de marbre des grands serviteurs de l'État qui ornent l'hémicycle témoignent d'une certaine permanence idéologique malgré les régimes. L'escalier d'honneur de Chalgrin, avec ses lions inspirés de la Piazza del Popolo, entraîna la disparition malheureuse d'une galerie ornée de toiles de Rubens, dont le cycle est désormais au Louvre. La richesse intérieure s'incarne ailleurs : la bibliothèque, notamment, où le génie de Delacroix orne la coupole d'une composition monumentale inspirée du chant IV de l'Enfer de Dante. Des infiltrations forcèrent une restauration par son élève Andrieu en 1868, prouvant que même les chefs-d'œuvre ne sont pas à l'abri des vicissitudes matérielles. La salle du Livre d'Or, aménagée par Baraguay, est un exemple de réemploi et de restauration de boiseries d'origine. La chapelle, conçue par Gisors, après avoir été cloisonnée pour des bureaux, a retrouvé sa solennité, ornée des peintures d'Abel de Pujol et Théophile Vauchelet. Les jardins, vision initiale de Marie de Médicis avec leurs grottes et fontaines d'inspiration bobolienne, se sont pliés aux goûts des époques, juxtaposant parterres à la française et allées à l'anglaise, un conservatoire de variétés anciennes et même un rucher, offrant un écrin de verdure où le pittoresque et l'ordonnancement cohabitent avec une certaine élégance. L'édifice, aujourd'hui engagé dans de lourds travaux de modernisation (2017-2024), dont l'élévation d'un bâtiment provisoire dans la cour d'honneur, démontre une capacité d'adaptation remarquable. Le palais du Luxembourg demeure ainsi un palimpseste architectural, témoin des ambitions royales, des vicissitudes révolutionnaires et de la constance républicaine, une pièce maîtresse de l'urbanisme parisien dont l'évolution continue de fasciner l'observateur averti.