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Musée historique

Musée historique

2, rue du Vieux-Marché-aux-Poissons, Strasbourg

L'Envolée de l'Architecte

Cet imposant vaisseau de pierre, naguère voué au commerce charnel et aux effluves du Vieux-Marché-aux-Poissons, abrite aujourd'hui l'histoire de Strasbourg. La Grande Boucherie, érigée entre 1586 et 1588, est un témoignage éloquent de l'organisation urbaine et économique de la ville libre. Son architecture, d'une pragmatique robustesse héritée de la fin de la Renaissance, conjugue la solennité de la pierre à une fonctionnalité évidente, typique des grands édifices publics alsaciens de cette période. Loin des fioritures ornementales, elle exprime une puissance tranquille, assise solidement au bord de l'Ill, entre la cathédrale et la place du Corbeau, ancrant le musée dans le tissu historique de la cité. Initialement consacré à la découpe et à la vente des viandes, ce bâtiment classé monument historique a connu une reconversion significative en devenant, dès 1920, le réceptacle de la mémoire strasbourgeoise. Ce changement d'affectation, d'une fonction éminemment prosaïque à une vocation culturelle et didactique, souligne une capacité d'adaptation admirable, bien que souvent laborieuse, des structures patrimoniales. Après une longue léthargie de vingt années de travaux, la réouverture progressive, d'abord en 2007 pour les premières traces de civilisation jusqu'à 1800, puis complète en 2013 avec l'extension jusqu'à nos jours, fut une entreprise d'envergure. Cette décennie de gestation muséale révèle les défis inhérents à la transmutation d'un édifice séculaire en un espace d'exposition contemporain, sans pour autant le dénaturer. La direction de Monique Fuchs a permis de revisiter la muséographie, offrant une nouvelle lecture des collections. Le musée, bien qu'il ne présente que 1 650 objets sur les 200 000 qu'il conserve – une sélection drastique qui en dit long sur la richesse du fonds –, parvient à esquisser un tableau saisissant de l'évolution politique, économique et sociale de Strasbourg. Parmi ses trésors, un plan-relief de 1727 se distingue par sa précision topographique. Cette représentation minutieuse de la ville et de ses environs immédiats, s'étendant sur près de quatre-vingts mètres carrés à l'échelle 1/600e, fut jadis un outil stratégique militaire avant de devenir une pièce maîtresse de la muséographie strasbourgeoise. Elle illustre avec force l'ingéniosité cartographique et les enjeux défensifs de l'époque, offrant une plongée spectaculaire dans l'urbanisme d'antan. Le musée, par sa situation privilégiée et son contenu, demeure un phare pour la compréhension de l'identité strasbourgeoise, un lieu où le passé se manifeste avec une gravité digne et une précision historiographique qui invitent à la réflexion plutôt qu'à la simple contemplation.