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Cathédrale Sainte-Marie-Majeure

Cathédrale Sainte-Marie-Majeure

Place de la Major, Marseille

L'Envolée de l'Architecte

L'édification de la Cathédrale Sainte-Marie-Majeure à Marseille, souvent désignée simplement La Major, offre une illustration éloquente de l'éclectisme architectural du XIXe siècle, une période où l'on peinait à s'affranchir des références passées pour embrasser une modernité authentique. Lancée en 1852 sous l'impulsion d'Eugène de Mazenod et la bienveillance du prince-président Louis-Napoléon Bonaparte, cette entreprise de quarante années, un laps de temps considérable pour un édifice religieux neuf en France, a vu se succéder plusieurs architectes, dont Léon Vaudoyer, Jacques Henri Esperandieu et Henri Antoine Révoil, chacun laissant sa marque, ou du moins son achèvement, sur cet ouvrage monumental. Le projet s'inscrit sur un site chargé d'histoire, où plusieurs lieux de culte se sont succédé depuis le Ve siècle, les fondations de la nouvelle cathédrale ayant même révélé les vestiges d'une église paléochrétienne et d'un baptistère antique. Le parti-pris néo-byzantin, associé à des réminiscences romanes et gothiques, se manifeste dès l'extérieur par un appareillage polychrome, alternant la pierre verte de Florence et le marbre blanc de Carrare, une esthétique qui, si elle se veut singulière, peut parfois manquer de la sobriété classique. La façade, flanquée de deux tours coiffées de dômes, est précédée d'un portique dont la voûte est ornée de mosaïques bleues et or, réminiscence directe du mausolée de Galla Placidia à Ravenne, soulignant cette aspiration à une grandeur impériale et orientale. À l'intérieur, la nef principale, scandée par de massives travées et des colonnes de marbre, s'éclaire de fenêtres hautes aux vitraux non figuratifs, tandis que le transept s'organise autour d'une coupole centrale culminant à soixante-dix mètres, reposant sur des trompes audacieuses. L'abondance des matériaux précieux, onyx d'Italie et de Tunisie, marbres divers, mosaïques vénitiennes, concourt à une richesse décorative sans précédent, bien que certaines parties, comme les revêtements des voûtes, soient demeurées inachevées, témoignage d'un chantier pharaonique et de ses compromis. L'originalité du pavement en mosaïque multicolore de l'école vénitienne et la présence de tribunes percées dans l'épaisseur des piles latérales ajoutent à la complexité de l'ensemble. Le déambulatoire ceignant le sanctuaire dessert six chapelles absidiales, dont une chapelle axiale, véritable édifice dans l'édifice, abritant désormais le tombeau de saint Eugène de Mazenod. Notons que, malgré l'ampleur du projet, les protestations d'alors ont permis de conserver une partie de l'ancienne cathédrale romane, la vieille Major, jouxtant l'actuelle, offrant ainsi une confrontation instructive entre les époques. La Major, avec sa capacité d'accueil de trois mille fidèles, fut l'une des rares cathédrales bâties en France au XIXe siècle, sa singularité et ses dimensions la plaçant parmi les édifices religieux les plus importants érigés depuis le Moyen Âge. Classée monument historique, elle bénéficie aujourd'hui d'une mise en lumière spectaculaire, s'inscrivant dans la revitalisation du front de mer marseillais, aux côtés d'institutions culturelles contemporaines, démontrant une capacité à traverser les âges et à se réinventer dans le paysage urbain. Chaque 15 août, elle est le point de départ de la procession à la Madone, un événement qui ancre l'édifice dans la tradition populaire et la ferveur locale.