3, rue des Francs Bourgeois Rue des Sept Hommes, Strasbourg
Dès son achèvement en 1913, l'édifice qui abrite aujourd'hui le cinéma Cosmos de Strasbourg, jadis Union Theater, puis ABC, manifestait déjà une ambition particulière. Son nom initial, référence directe à l'Union Theater de l'Alexanderplatz à Berlin, ancrait immédiatement le lieu dans un contexte germanique et impérial, à une époque où Strasbourg faisait partie de l'Allemagne. Cette filiation n'était pas anodine ; elle signalait une volonté d'alignement sur les grands modèles architecturaux de divertissement de l'Empire, conférant une dignité certaine à cette nouvelle forme d'art populaire. La façade principale, rue des Francs-Bourgeois, avec son portique d'entrée et ses caisses, ainsi que sa façade latérale rue des Sept-Hommes, dessine un volume qui visait sans nul doute à asseoir une présence urbaine substantielle. Bien que les descriptifs stylistiques détaillés manquent, l'inscription aux monuments historiques depuis 1990 de ces éléments extérieurs, et de la toiture, suggère une qualité intrinsèque et une intégrité certaine de la composition originelle. L'intérieur, quant à lui, avec son vestibule d'accueil, la cage d'escalier imposante menant au foyer du premier étage, puis l'accès au balcon et la grande salle de spectacle, révèle une conception méticuleuse de l'expérience du spectateur. Il s'agissait alors moins de projeter de simples images que d'orchestrer un parcours, une sorte d'ascension quasi rituelle vers l'espace de la représentation, magnifiant ainsi l'événement cinématographique. L'inauguration, le 3 janvier 1914, avec la projection de L'Étudiant de Prague, film expressionniste d'une certaine audace pour l'époque, illustre cette ambition culturelle, bien au-delà de la simple attraction foraine. Le bâtiment a connu plusieurs vies : il devint l'ABC sous l'égide de Gaumont à la fin des années 1950, un nom plus succinct, sans doute jugé plus adapté à la consommation de masse croissante du cinéma. Sa fermeture en 1986, face à la déferlante des multiplexes, est un épisode classique de l'histoire du cinéma de quartier. La ville de Strasbourg, heureusement propriétaire des murs, eut la clairvoyance de le préserver, le convertissant en espace culturel polyvalent, l'Odyssée, avant une dernière mue récente en Cosmos. Ce dernier nom, évoquant le voyage et l'imaginaire, s'inscrit dans une tendance contemporaine à la réattribution de sens aux lieux culturels, cherchant à redonner une nouvelle vitalité et pertinence à un édifice dont la structure, finalement, s'est avérée remarquablement adaptable à travers les époques et les usages. L'ensemble demeure un témoignage précieux de l'architecture dédiée au septième art, un art qui, de ses débuts à nos jours, n'a cessé de transformer nos imaginaires.