16 rue Chauchat, Paris 9e
L'Église de la Rédemption, sise rue Chauchat, ne s'inscrit pas dans la tradition des édifices sacrés érigés ex nihilo. Son origine, plus prosaïque, la rattache à l'architecture utilitaire du début du XIXe siècle : une ancienne halle de l'octroi, vestige d'une administration fiscale révolue, fut son berceau. C'est sur cette structure pragmatique, entre 1841 et 1843, que l'architecte François-Christian Gau, d'ascendance germanique, fut chargé d'opérer une transmutation. Un geste initial qui témoigne d'une économie de moyens plus que d'une vision architecturale totalisante, puisque seules les quatre premières travées de l'édifice originel furent conservées. Il y greffa un portail, éleva l'abside du chœur et coiffa la première travée d'un clocheton, imprimant ainsi une façade de dignité protestante à ce qui fut jadis un simple entrepôt. Après le décès de Gau, l'œuvre fut achevée par Théodore Ballu, architecte qui laisserait plus tard son empreinte avec des édifices tels que Saint-Augustin et la Trinité, assurant une continuité dans cette adaptation. Son intérieur, de par son origine de halle, conserve une certaine linéarité dépouillée, propice à la contemplation sobre que l'on associe volontiers au culte luthérien. La dialectique entre le plein et le vide se manifeste principalement en façade, où les ajouts sculptent une nouvelle identité sur un volume préexistant. L'impulsion de cette conversion, il faut le noter, ne procède pas d'une ferveur populaire spontanée, mais de considérations plus mondaines : l'installation à Paris de la princesse Hélène de Mecklembourg-Schwerin, protestante luthérienne, et le souhait de relocaliser le Consistoire hors du quartier du Marais, jugé alors peu sûr. Ce lieu, par sa nature même de palimpseste architectural, recèle des couches d'histoires insoupçonnées. Le baron Haussmann, dont le nom est indissociable des grandes transformations parisiennes, y fut un paroissien fidèle, offrant même un crucifix à la symbolique particulièrement luthérienne : une représentation du Christ dénuée de couronne d'épines, les yeux ouverts, le visage tourné vers le ciel – une iconographie démythifiante, moins axée sur le pathétique de la souffrance que sur la promesse de la rédemption. C'est d'ailleurs dans cette même église que ses propres obsèques furent célébrées en 1891, scellant son lien à l'institution. Plus inattendu encore, en 1873, c'est ici que Paul Gauguin, alors encore un respectable agent de change, épousa Mette-Sophie Gad, une union dont l'issue tumultueuse contraste singulièrement avec la sérénité du lieu. Même Victor Baltard, dont le nom évoque le fer et le verre des anciennes Halles centrales, contribua à l'agencement des locaux presbytéraux en 1873, ajoutant une autre strate à cette bâtisse composite. L'orgue Cavaillé-Coll de 1844, bien que modifié par Mutin en 1912, assure une sonorité remarquable, un testament musical à la pérennité de l'institution. Enfin, l'agrandissement de l'Hôtel Drouot en 1968 vint rappeler, par une expropriation partielle de locaux annexes, que même les lieux de culte ne sont pas à l'abri des impératifs fonciers de la capitale. Inscrit au titre des monuments historiques en 1958, l'édifice de la Rédemption demeure un curieux témoignage de l'adaptabilité architecturale et des aléas urbains. Loin d'être un manifeste d'une époque ou d'un style pur, il incarne plutôt la convergence forcée de fonctions diverses, un monument pragmatique où l'esprit luthérien a trouvé à s'exprimer dans une enveloppe initialement fort peu ecclésiale, et où les exigences de la ville ont continué de laisser leur empreinte.