82 rue François-Miron, Paris 4e
L'Hôtel du Président Hénault, sis au 82, rue François-Miron, se présente comme un spécimen assez caractéristique de l'hôtel particulier parisien du début du XVIIIe siècle, une époque où la grandeur monumentale, héritée du règne de Louis XIV, cédait progressivement le pas à une élégance plus intime et une recherche de confort annonçant la Régence. Édifié en 1707 par Edme Fourier pour Charles-Jean-François Hénault, président au Parlement de Paris et figure éminente de l'érudition et de la société mondaine, cet édifice témoigne d'une certaine prudence architecturale. Fourier, dont l'œuvre ne marque pas les annales par une audace révolutionnaire, s'inscrit davantage dans une continuité respectueuse des canons établis, bien que les prémices d'une légèreté nouvelle fussent déjà perceptibles. Le commanditaire, sans doute plus préoccupé par l'organisation de ses salons littéraires – où se pressaient des esprits tels que Fontenelle ou Madame du Deffand – que par des excentricités stylistiques, souhaitait une demeure digne de son rang, sans ostentation excessive, mais avec la discrète qualité requise. La façade sur la rue François-Miron, avec son balcon et ses ferronneries finement ouvragées – éléments qui lui ont valu une inscription au titre des monuments historiques en 1926 – adopte la discrétion de rigueur pour ce type d'établissement urbain. Elle ménage une transition entre l'agitation de la voie publique et l'intimité du logis. C'est souvent par ces détails de serrurerie, ces motifs délicatement cintrés et non par une volumétrie audacieuse que l'œil averti discerne la qualité et l'époque. En contrepoint, l'arrière-corps, s'ouvrant sur le jardin au 5-7, rue de Fourcy, révèle une ambition spatiale différente. Sa façade en pierre de taille, qualifiée curieusement de 'secondaire' par les annales, abritait en réalité le cœur vivant de l'hôtel, les appartements de réception s'ouvrant sur la verdure. La mention de 'deux grands escaliers, à l'extérieur et à l'intérieur' est particulièrement intrigante. L'escalier extérieur, sans doute un perron monumental menant au piano nobile, permettait un accès direct et cérémoniel aux salons depuis le jardin, offrant une dialectique élégante entre l'intérieur et l'extérieur. L'escalier intérieur, lui, desservait la distribution plus privée des étages, marquant une hiérarchie dans la circulation et l'usage de l'espace. Cette dualité n'est pas sans rappeler les hôtels 'entre cour et jardin', où la façade sur cour est plus formelle et celle sur jardin plus lumineuse et ouverte. Le choix de la pierre de taille pour l'ensemble atteste d'une recherche de pérennité et d'une certaine solidité bourgeoise, loin des expérimentations parfois hasardeuses des matériaux plus éphémères. L'hôtel, acquis par la Ville de Paris en 1943, puis métamorphosé en 1996 en Maison européenne de la photographie, a connu une destinée somme toute banale pour nombre de ces demeures historiques : celle d'une adaptation pragmatique aux besoins contemporains. On peut y voir une continuité dans la fonction du lieu, qui, du temps d'Hénault, accueillait déjà des esprits éclairés et des échanges visuels, même si les vues étaient celles de l'esprit et non de l'objectif. C'est un exemple frappant de la manière dont les contraintes financières, le goût d'une époque et la personnalité du propriétaire convergent vers une solution architecturale qui, sans être un manifeste, est une expression fidèle de son temps. Il n'est donc pas un chef-d'œuvre audacieux, mais plutôt une pièce significative, et bien conservée, du tissu urbain parisien du début du XVIIIe siècle, représentative d'un classicisme assagi et d'une élégance retenue qui préfigurent la légèreté du style Régence, puis Rococo. Sa postérité n'est pas celle d'une icône, mais celle d'un témoin discret et solide de l'évolution du goût et de l'art de vivre parisien.