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Hôtel de l'Impératrice Eugénie

Hôtel de l'Impératrice Eugénie

2 rue de l'Élysée, Paris 8e

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel de l'Impératrice Eugénie, plus communément désigné par la postérité comme l'Hôtel de Hirsch, incarne une certaine ambivalence de l'urbanisme haussmannien finissant et des ambitions bourgeoises de la seconde moitié du XIXe siècle. Sa genèse s'inscrit dans un programme singulier, celui des « maisons anglaises » le long de la rue de l'Élysée, où l'Empereur Napoléon III souhaitait reproduire le sobre pittoresque des résidences londoniennes qu'il avait, dit-on, admirées. Un mimétisme qui, déjà, trahit une certaine propension à l'emprunt plutôt qu'à l'innovation radicale. L'impératrice Eugénie elle-même commanda le premier corps de logis au 2, rue de l'Élysée, sous la houlette d'Hector-Martin Lefuel, avec l'intention, prétendument, d'y trouver un havre d'intimité ou d'y loger sa mère. Une discrétion qui ne résista guère aux aléas du régime, l'hôtel étant rapidement prêté puis loué. L'histoire prend une dimension plus substantielle avec l'acquisition en 1878 par le baron Maurice de Hirsch, figure emblématique de la finance et de la philanthropie. Trouvant la demeure d'origine « trop exiguë » – une litote révélateur de l'appétit de grandeur de l'époque –, le baron entreprit une expansion colossale. Il agrège méthodiquement les hôtels voisins, y compris celui du 24-26 avenue Gabriel acquis à un prix qui, même pour un homme de sa fortune, fut jugé exorbitant. Les architectes Peyre et Châtenay furent alors chargés de transformer cet assemblage disparate en un « ensemble relativement harmonieux », un euphémisme qui masque sans doute la difficulté de fusionner des entités hétérogènes. Le résultat fut une débauche de luxe, une ostentation que les critiques de l'époque ne manquèrent pas de commenter. L'accès, stratifié, par une grille discrète avenue Gabriel ou les doubles portes cochères rue de l'Élysée – l'une pour les invités, l'autre pour le service – marquait déjà la hiérarchie sociale. À l'intérieur, les boiseries rocaille en chêne ciré du château de Bercy et les dessus-de-porte de Monnoyer, pièces historiques réemployées, côtoyaient une salle des fêtes d'un faste Louis XIV, capable d'accueillir deux mille âmes. Ses portes miroir, imitant sans vergogne la Galerie des Glaces de Versailles, illustraient une volonté de magnificence dont la sincérité stylistique pouvait être interrogée. Le point culminant de cette grandiloquence fut sans conteste l'escalier d'honneur, œuvre d'Émile Peyre. Conçu en marbre blanc veiné de vert, avec sa volée initiale de sept mètres de large et ses amours de Carrare inspirés des bénitiers romains, il visait l'impression. Il fut, en effet, « extrêmement commenté ». Si Theodor Herzl y vit la « véritable beauté » d'une richesse sublime, le virulent Édouard Drumont n'eut que mépris pour cette « incohérence » et cette « disproportion », le comparant à un escalier dérobé à son sommet. Cette réception contrastée révèle la fracture entre la perception d'une magnificence ostentatoire et l'attente d'une subtilité architecturale. L'hôtel abritait également des écuries d'une sophistication rare, où, anecdote savoureuse et symptomatique de cet âge d'or révolu, l'on installa un ascenseur pour chevaux, faute de place suffisante au rez-de-chaussée. Un détail qui résume l'excès et l'ingéniosité démesurée au service du confort et de l'apparat. Après la mort prématurée de son fils Lucien, le baron renonça à la vie mondaine, la salle des fêtes fut condamnée, scellant le destin d'un lieu dont la grandeur fut éphémère. Les tentatives de vente post-mortem, échouèrent souvent pour des raisons triviales de réglementation urbaine ou de prix jugé excessif, si bien que l'ensemble fut finalement démembré. L'édifice, un temps siège de la Maison de la pensée française, est aujourd'hui une annexe discrète du Palais de l'Élysée, amputé d'une partie de ses corps de bâtiment originaux, le grand hôtel de l'avenue Gabriel ayant cédé la place à une copropriété. Seul le n°2 de la rue de l'Élysée subsiste, classé, témoin d'une ambition démesurée et d'une esthétique du pastiche, dont la gloire fut aussi éclatante que fugace.