Place du Maréchal-Lyautey, 6e arrondissement, Lyon
Érigée en mille huit cent soixante-cinq, la fontaine de la place du Maréchal-Lyautey ne se distingue pas tant par une audace stylistique que par sa fonction de manifeste urbain et politique. Cette pièce maîtresse de l'aménagement de l'époque fut l'œuvre d'Antoine Desjardins, un architecte dont la pratique lyonnaise est bien documentée, qui sut orchestrer un ensemble sculptural propre à l'esthétique du Second Empire. Le monument s'inscrit au cœur d'un axe structurant, jadis prolongé par l'ancien pont Morand, témoignant d'une volonté d'urbanisme grandiloquent. Le grand bassin, point de départ horizontal de la composition, est surmonté d'une superposition de cinq vasques, allégories des arrondissements que comptait Lyon à cette période. Cette stratification verticale, ascendante, anime une structure autrement statique, l'eau jaillissant des mascarons léonins conférant une fluidité bienvenue à la pierre. Autour de ce dispositif hydraulique, l'on découvre les cinq putti sculptés par Clauses, figures enfantines qui, dans un registre académique, incarnent les vertus et les attraits de la cité: la Navigation, l'Industrie – désignée ici par la Force –, le Commerce, l'Histoire et la Géographie. Un répertoire somme toute convenu pour la statuaire civique, mais exécuté avec un certain métier. La statue sommitale, point d'orgue de l'édifice, est une œuvre de Guillaume Bonnet. Réalisée en marbre de Carrare, cette figure de trois mètres quatre-vingt-cinq représente la Ville de Lyon, drapée à l'antique et coiffée d'une couronne murale, adoptant une pose altière et solennelle, emblématique de l'art officiel. On rapporte, non sans une touche d'humanité inattendue pour une commande aussi formelle, que Bonnet aurait pris son épouse pour modèle, conférant ainsi à cette allégorie urbaine une note intime. La fontaine, fruit d'une commande conjointe des habitants et de la municipalité, fut érigée en guise de remerciement à Napoléon III pour l'abolition des péages sur les ponts du Rhône. Une gratitude matérialisée dans la pierre, qui révèle les motivations parfois très pragmatiques derrière l'embellissement des espaces publics. Bien qu'elle n'ait été inscrite aux monuments historiques qu'un siècle plus tard, en mille neuf cent soixante-quinze, cette fontaine demeure un jalon significatif de l'aménagement urbain lyonnais, un témoignage éloquent de la monumentalité et des allégories chères à son époque.