6, rue de l' Antiquaille 17, rue Cléberg, 5e arrondissement, Lyon
Le site qui nous occupe à Fourvière, loin d'être l'un de ces sanctuaires aux dédicaces évidentes, se révèle être un champ d'expériences archéologiques successives, un miroir des méthodologies et des interprétations fluctuantes. Longtemps désigné, avec une certaine désinvolture, comme le sanctuaire de Cybèle, en raison d'un autel taurobolique du IIe siècle découvert en contrebas, ce complexe est en réalité le théâtre d'une superposition stratifiée d'édifications, dont la chronologie et la fonction ont fait l'objet de vifs débats. Les premières excavations, dès le début du XXe siècle, sous l'égide de Fabia ou Wuilleumier, mirent au jour des substructions massives, des alvéoles voûtées et des tambours de colonnes cannelées. Ces éléments, d'une certaine monumentalité, furent alors hâtivement associés à un temple, une hypothèse séduisante car elle donnait un nom et une raison d'être à des ruines énigmatiques. C'est Amable Audin, dans les années soixante, qui, en creusant plus profondément, bouleversa cette lecture. Il identifia un îlot basilical, une structure antérieure composée d'une basilique civile et d'annexes administratives, suggérant un ensemble fonctionnel d'importance publique avant l'édification du prétendu sanctuaire. Audin dessina aussi l'image d'un quartier commerçant attenant, avec ses boutiques sous portique, traçant les contours d'une vie urbaine plus complexe. La vérité des lieux, ou du moins son interprétation la plus récente et étayée, nous est fournie par les travaux d'Armand Desbat dans les années quatre-vingt-dix. Ses sondages précis et l'application de techniques modernes ont permis de démêler l'écheveau. Le site n'aurait abrité ni basilique au sens strict, ni temple de Cybèle. Il s'agit plutôt d'une succession de constructions. La première phase, autour de 40 avant notre ère, voit l'érection d'une riche habitation privée. L'ampleur de ses dimensions – un atrium de près de douze mètres de large, un triclinium de douze mètres sur près de six – et la qualité de ses aménagements, tels un espace thermal privé avec hypocauste et piscine, des mosaïques, tout cela est tout à fait singulier pour Lugdunum à cette époque. Cette somptueuse demeure, rehaussée d'environ un mètre cinquante lors de son agrandissement vers 20 avant notre ère, dont le plan évoque les maisons italiques décrites par Vitruve, a pu servir de résidence à un personnage éminent, voire de prétoire au gouverneur, peut-être même à Agrippa lors de son passage à Lyon. On y discerne un péristyle en U ouvert vers l'est, encadré de longs couloirs, qui donnait une perspective architecturale à l'ensemble. Ultérieurement, vers 120 de notre ère, les constructions civiles furent remplacées par un vaste réservoir, conçu pour alimenter la ville haute. Ses dimensions imposantes, vingt-six mètres sur neuf, ses murs massifs et sa capacité estimée à mille cinq cents mètres cubes le rattachent sans conteste à l'aqueduc du Gier. Cette évolution de l'usage, d'une habitation de prestige à une infrastructure utilitaire majeure, illustre la transformation urbaine et les besoins croissants de la cité romaine. La présence ultérieure de fosses remplies de restes de banquets et de déchets courants sur le dernier édifice, dont la destination demeure incertaine – peut-être un collège d'Augustales ou une schola –, atteste d'une activité sociale intense, même si le faste initial n'était plus. Les vestiges de ce site composite, véritable manuel d'archéologie à ciel ouvert, sont classés monument historique depuis 1983, témoignage silencieux d'une histoire complexe et constamment réinterprétée. C'est le privilège de ces lieux anciens d'offrir sans cesse de nouvelles lectures.