Place des Terreaux, 1er arrondissement, Lyon
L'Hôtel de Ville de Lyon, imposant édifice du XVIIe siècle qui trône désormais face à l'Opéra, n'est pas qu'un simple témoignage de l'architecture classique, mais une strate d'intentions, de compromis et de renaissances. Sa construction, débutée en 1646 sous l'égide de Simon Maupin, architecte voyer, et avec les conseils avisés de Jacques Lemercier et l'ingéniosité structurelle de Girard Desargues, notamment pour les escaliers dits des Archives, révèle déjà les réalités de l'entreprise. L'abandon de l'hôtel de la Couronne, devenu trop modeste, et la vente de celui-ci pour financer ce nouveau siège du Consulat, illustrent une volonté d'affirmation urbaine qui se heurta pourtant à des problèmes de malfaçons et de financement. L'édifice, achevé en 1672, fut doté de décors intérieurs somptueux, confiés notamment au talent de Thomas Blanchet, dont l'arrivée de Rome avec de solides recommandations augurait d'un certain faste. Ses peintures de la Grande Salle et de l'Escalier d'Honneur, dont le programme iconographique fut en partie conçu par Ménestrier, célébraient la grandeur de Lyon et sa place dans le royaume. Ce palais communal, alors considéré comme le plus vaste de France, ne connut cependant qu'une éphémère plénitude. Deux ans seulement après son achèvement, un incendie dévastateur en 1674 réduisit une partie de cette magnificence en cendres. La Grande Salle des fêtes, la chapelle, le beffroi furent endommagés, les décors de Blanchet perdus pour l'essentiel. Il fallut attendre un quart de siècle pour qu'une restauration d'envergure soit entreprise, sous la houlette de Jules Hardouin-Mansart et de Robert de Cotte, modifiant ainsi en profondeur la façade et le beffroi. Le XVIIIe siècle lui apporta une nouvelle physionomie, mais les vicissitudes ne s'arrêtèrent pas là. La Révolution, avec son iconoclasme, supprima le bas-relief de Louis XIV à cheval, remplacé plus tard par une effigie du bon roi Henri. Un second incendie en 1803 puis des bombardements sous la Convention nécessitèrent de nouvelles campagnes de restauration au XIXe siècle, dirigées notamment par Tony Desjardins. L'édifice devint un véritable réceptacle des évolutions esthétiques et politiques. C'est depuis son balcon que se sont déroulés des épisodes marquants de l'histoire française. Lors de la Commune de Lyon en 1870, ce fut la scène d'une proclamation républicaine avant même Paris, avec Mikhaïl Bakounine y voyant alors la capitale du socialisme. Plus tard, en 1944, le Général de Gaulle y prononça un discours mémorable, saluant Lyon comme la capitale de la Résistance. Le bâtiment, ainsi, n'est pas seulement une structure, mais une tribune historique. Les intérieurs, tels le Bureau du Maire orné de soieries lyonnaises, la Salle des anciennes archives avec sa cheminée monumentale, ou le Salon de la Conservation dont le plafond de Blanchet évoque la chute des Vices, témoignent de la richesse fonctionnelle et décorative. L'Escalier d'Honneur, malgré les ravages du temps, conserve des traces de son évocation du grand incendie de Lugdunum. Le carillon du beffroi, enrichi au fil des siècles, de quatre cloches originelles à soixante-cinq aujourd'hui, résonne comme une mémoire sonore de la cité. L'Hôtel de Ville de Lyon, finalement, est une œuvre composite, où chaque époque a laissé sa marque, un monument qui a su s'adapter aux contingences tout en conservant une dignité certaine.