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Fondation Avicenne

Fondation Avicenne

Cité universitaire 17 boulevard Jourdan, Paris 14e

L'Envolée de l'Architecte

La Fondation Avicenne, jadis Maison d'Iran, se présente comme un singulier manifeste de l'ingénierie structurelle des années 1960, une époque où l'audace technique le disputait à la quête de formes expressives. Son caractère d'édifice suspendu à une ossature métallique n'est pas qu'une prouesse technique ; il est une déclaration, une volonté d'affranchir la masse bâtie de sa pesanteur tellurique habituelle, presque une élégance forcée. La collaboration entre les architectes iraniens Mohsen Foroughi et Heydar Ghiai et l'équipe française comprenant Claude Parent – dont l'influence sur la pensée architecturale française de l'époque ne saurait être sous-estimée – a enfanté une volumétrie audacieuse. La suspension de l'ensemble confère au bâtiment une légèreté paradoxale, un geste qui interroge la relation au sol et à l'environnement paysager de la Cité Universitaire. Ce n'est pas une simple élévation ; c'est un corps architectural en lévitation, défiant une gravité que l'on voudrait immuable. Le choix de cette ossature métallique, dont l'expression est souvent nue, suggère une quête de modernité sans fard, une esthétique de l'efficacité structurelle transformée en principe formel. L'histoire de ce pavillon, initiée sous les auspices de la Shahbanou Farah Diba et financée par l'État iranien du Shah Mohammad Reza Pahlavi, est un palimpseste de ruptures politiques et de réappropriations identitaires. De Maison d'Iran, destinée à incarner la grandeur persane, elle devint rapidement, par un cruel revers de l'histoire, un foyer d'opposition à ce même régime, avant d'être formellement désavouée. Cette destinée mouvementée, où le symbole architectural fut pris dans les convulsions politiques, confère à l'édifice une profondeur inattendue, un récit parallèle à sa seule matérialité. Sa réouverture sous le nom d'Avicenne, en hommage à cette figure polymathe de la culture perse, marquait une tentative de dépolitisation et de réancrage dans une universalité intellectuelle, loin des contingences immédiates. Cependant, la vétusté ayant eu raison de son occupation pendant plus d'une décennie, le bâtiment a connu une longue éclipse avant une récente et lourde rénovation. Cette intervention, qui a par ailleurs permis d'augmenter sa capacité d'accueil à 111 logements, atteste de la pérennité de son intérêt, sans pour autant gommer les traces de son passé tourmenté. L'inscription de l'édifice aux monuments historiques en 2008 n'est pas une simple formalité bureaucratique. Elle consacre la Fondation Avicenne comme un témoin de son temps, non seulement par son architecture – dont le geste suspendu est emblématique d'une certaine audace moderniste – mais aussi par son parcours, miroir des mutations géopolitiques et culturelles. L'implantation de L/OBLIQUE, puis du Centre du patrimoine, au sein même du bâtiment avant les travaux, n'est d'ailleurs pas sans une certaine ironie, transformant l'objet d'histoire en lieu de son propre récit. Quant à la vente du lustre de Jean Royère provenant de l'appartement du directeur, elle constitue un épiphénomène qui, au-delà de sa finalité caritative, souligne la valeur patrimoniale et décorative enchâssée dans l'édifice, un fragment d'un faste révolu et désormais dispersé au gré des contingences financières. L'édifice, désormais rénové et vivifié par la présence étudiante, conserve son statut d'objet architectural complexe, dont la sémantique est aussi riche que son histoire.