1, rue de l'Académie, Strasbourg
L'édification de l'École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg s'inscrit dans un contexte historique singulier, celui de l'annexion de l'Alsace-Lorraine à l'Empire allemand. Ce n'est qu'après 1870, et non sans résistances initiales de la part de la municipalité strasbourgeoise, qu'émergent les prémices d'une institution d'enseignement artistique d'envergure. Le projet de 1872, initié par Anton Springer, un historien de l'art allemand, bien que refusé un temps, portait déjà en germe l'idée d'une formation aux arts industriels, une orientation pragmatique et résolument moderne. La restauration du conseil municipal en 1886 et une politique culturelle allemande plus affirmée en Alsace finissent par créer un terrain propice. L'impulsion décisive vient en 1887 avec la création du musée des Arts décoratifs, et la conversion d'Auguste Schricker, initialement porté vers l'historicisme, aux vues d'Anton Seder, figure montante de l'Art nouveau, pour diriger la future école. Une anecdote, non dénuée d'une certaine ironie, révèle que l'emplacement choisi pour cette nouvelle institution, entre la rue Prechter et la rue de l'Académie, avait précédemment servi de cimetière provisoire durant le siège de 1870. Une sorte de renaissance constructive sur un lieu de repos éphémère. Le bâtiment, érigé en 1892 par Johann Karl Ott et Édouard Roederer, se présente comme une véritable déclaration. Sa sobriété architecturale, rompant avec l'éclectisme alors prédominant, et l'usage de la brique, matériau communément considéré comme non noble, affirment dès le départ son orientation vers les arts industriels, en phase avec l'esprit du Deutscher Werkbund. La façade, loin d'être un simple parement, est une œuvre collaborative et programmatique : Anton Seder en dessine l'ornementation, Léon Elchinger réalise les céramiques, et un maître verrier met en place les vitraux. Les panneaux de céramique de la façade illustrent un programme pédagogique audacieux. Des figures féminines allégoriques incarnent l'architecture, la peinture et la sculpture, ancrées dans la géométrie, l'archéologie et la science. Mais ce sont les motifs floraux et végétaux des panneaux d'allège qui trahissent la véritable révolution pédagogique : un enseignement fondé sur l'imitation des formes de la nature, un principe que Seder avait déjà exposé dans ses ouvrages tels que Les Plantes dans leurs applications à l’art et à l’industrie. La pédagogie de Seder visait à abolir la distinction entre l'art et l'artisanat, entre théorie et pratique. Les deux premières années étaient dédiées à l'étude de la nature, suivie d'une application progressive aux métiers manuels. Cependant, l'École de Strasbourg, bien que novatrice pour son époque, se trouva rapidement confrontée à ses propres limites. Seder, malgré son engagement pour la modernité, refusait la