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lycée Thiers

lycée Thiers

17, Boulevard Garibaldi, Marseille

L'Envolée de l'Architecte

L'ensemble architectural abritant le lycée Thiers à Marseille, d'abord couvent des Bernardines en 1746, puis lycée impérial en 1802, témoigne avec une certaine éloquence de la capacité d'adaptation du bâti à des fonctions radicalement transformées. Cet édifice rectangulaire, jadis havre de contemplation monastique, est aujourd'hui un complexe d'enseignement aux multiples strates, dont une partie significative est classée monument historique. Le site, adossé à la coupole imposante du théâtre des Bernardines, conserve l'empreinte de son passé tout en assumant sa vocation contemporaine de pépinière intellectuelle. Dès sa conversion en lycée, les contraintes budgétaires et la rapide évolution des doctrines pédagogiques ont modelé son volume. Si les rapports initiaux évoquaient une insalubrité notable, avec une « extrême puanteur » au début du XIXe siècle, les extensions et rénovations successives, notamment l'ajout des classes des externes et leur galerie rappelant un cloître en 1845, ont peu à peu structuré l'espace. La grande cour principale, partagée entre collégiens et lycéens, et la cour surélevée des classes préparatoires, illustrent une stratification spatiale dictée par la topographie du terrain et les besoins fonctionnels. L'établissement se décline en quatre corps de bâtiment, articulant des pleins et des vides, des circulations intérieures parfois labyrinthiques, qui dessinent un microcosme éducatif dense au cœur de la cité phocéenne. L'histoire de ce lycée est riche d'anecdotes pittoresques, de l'épisode du professeur Faria, dont les démêlés auraient inspiré un certain Comte de Monte-Cristo, à la mort du physicien André-Marie Ampère dans ses murs en 1836, lors d'une tournée d'inspection. Il fut aussi le théâtre des frasques de Léo Taxil, futur pamphlétaire anticlérical, organisateur d'une révolte estudiantine pour des jours de congé. Marcel Pagnol, ancien élève, y tourna même Merlusse pendant les vacances de Noël 1934, une course contre la montre autorisée par une administration accommodante. Durant la Seconde Guerre mondiale, tandis que la Milice s'installait dans une partie du lycée, des professeurs résistaient discrètement aux directives du régime de Vichy, faisant circuler sous le manteau des revues clandestines, démontrant une fidélité aux valeurs républicaines au sein même de l'institution. Aujourd'hui, l'établissement, qui a résisté à des tentatives de renommage après 1968, demeure une référence académique, avec des taux de réussite remarquables et une offre de formation étendue, du collège aux classes préparatoires les plus exigeantes. Le récent classement du Parisien, le désignant meilleur lycée de France, souligne une capacité à conjuguer héritage et excellence, malgré les polémiques, telle celle du bizutage de 1997 qui a marqué les esprits et conduit à l'évolution de la législation. Le lycée Thiers est, en somme, un laboratoire social et pédagogique, un témoin privilégié des évolutions de l'instruction publique française, dont les murs continuent de raconter une histoire complexe et vivante.