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Collège néerlandais

Collège néerlandais

Cité universitaire 61 boulevard Jourdan, Paris 14e

L'Envolée de l'Architecte

Au sein de la Cité internationale, cette collection de manifestes architecturaux nationaux, le Collège néerlandais se distingue par une austérité qui n'est pas sans poésie. On y observe la signature de Willem Marinus Dudok, architecte oscillant avec une certaine superbe entre la rigueur géométrique du mouvement De Stijl et la sensualité de la brique chère à l'École d'Amsterdam. Son œuvre parisienne est un jeu savant de masses cubiques, une composition asymétrique où l'horizontalité des fenêtres en bandeau étire les façades et semble évoquer la platitude de ses Pays-Bas natals. Le plan, d'une rationalité presque clinique, articulait quatre ailes destinées à séparer les fonctions et les sexes avec une rigueur toute calviniste. Dudok ne cherche pas la « machine à habiter » de son voisin Le Corbusier ; il compose une sculpture habitée, où la brique jaune, matériau terrestre et chaleureux, entre en tension avec la froideur du verre et du béton. Cependant, cette œuvre est surtout un monument à l'ambition contrariée. Le projet initial, qui comprenait un vibrant centre d'études néerlandaises, fut amputé par les réalités budgétaires. Ce cœur intellectuel ne vit jamais le jour, ses espaces prévus étant finalement convertis en prosaïques logements après-guerre. Pour un architecte comme Dudok, habitué à modeler la ville d'Hilversum à sa seule et entière volonté, cette concession dut être un crève-cœur, une dissonance dans sa partition. L'édifice a vécu, subissant transformations et ajouts qui en ont quelque peu altéré la pureté initiale. Il n'en demeure pas moins un témoignage capital de ce modernisme humaniste, moins dogmatique et plus sensible à la matière que son concurrent internationaliste. Sa classification tardive en tant que monument historique sonne comme la reconnaissance d'une œuvre complexe, dont la beauté réside peut-être autant dans sa conception magistrale que dans sa mélancolique incomplétude. Ironie de l'histoire, ses couloirs virent passer la future impératrice d'Iran, Farah Pahlavi, sans doute alors peu soucieuse des atermoiements financiers de sa construction.