13, 15, 17 rue Fabricy, Lille
L'édifice sis au 14, rue de Fleurus à Lille, communément désigné maison Coilliot, se révèle d'abord comme un manifeste, un support publicitaire de pierre, de brique et de lave pour les ambitions d'un entrepreneur en matériaux. Hector Guimard, l'architecte, y déploie entre 1898 et 1900 une façade asymétrique, non sans une certaine audace pour l'époque, qui rompt avec l'alignement strict de la rue par sa parcelle biaise. Cette disposition singulière engendre une double lecture: une façade urbaine confrontée à une façade domestique, le tout articulé par une superposition de balcons et une loggia au bel étage. Le choix des matériaux, loin d'être anodin, met en exergue la lave émaillée, ce revêtement verdâtre qui encadre l'ensemble et culmine en un fronton coiffé d'une toiture-pignon. Il s'agissait là, pour Louis Coilliot, de promouvoir son procédé de fabrication, transformant sa propre demeure en un catalogue vivant de ses innovations. À l'intérieur, le visiteur attentif discerne l'empreinte de Guimard dès le seuil. Le hall d'entrée, véritable œuvre en soi, présente des boutons de porte moulés à la forme de la main fermée de l'architecte, détail d'une rare préciosité qui humanise l'espace. Les salons de réception de l'étage noble conservent leurs cheminées d'origine et les bahuts intégrés, témoignant d'une conception globale où le mobilier devient partie intégrante de l'architecture. Cet engagement pour l'unité stylistique est caractéristique de l'Art nouveau, un courant que Guimard contribua à définir avec vigueur. L'arrière de la propriété, donnant sur la rue Fabricy, dévoile un ensemble de bâtiments d'une nature quelque peu différente, inscrits plus tardivement aux monuments historiques, à la suite d'une intervention salutaire de l'association Renaissance du Lille Ancien. Ici, les écuries et l'entrepôt, ainsi qu'un immeuble de rapport, furent édifiés selon la technique du béton armé, alors novatrice, par l'entreprise Hennebique. Une vaste plateforme, évoquant la silhouette d'un paquebot, relie les ateliers au-dessus de l'entrepôt, illustrant une modernité structurelle moins ostentatoire mais tout aussi révolutionnaire que l'esthétique de la façade principale. La façade de l'immeuble rue Fabricy, d'une facture plus classique, combine un rez-de-chaussée à bossages de ciment peint avec une élévation de briques vernissées et de cartouches céramiques. L'intérieur de ce bâtiment recèle des trésors moins connus, comme un grand salon orné d'une imposante cheminée en céramique de Longwy, de style néo-Renaissance. La salamandre de François Ier sur le manteau et les niches à dais, jadis garnies de figures féminines, côtoient des lambris bas en carreaux de céramique figurant mousquetaires et saisons. Cette profusion décorative, bien que d'un style plus historiciste, complète la richesse matérielle de l'ensemble et souligne la vocation de Coilliot comme distributeur d'éléments de décor de haute facture. La maison Coilliot demeure un témoignage éloquent des audaces architecturales de la fin du XIXe siècle, une période de transition où la fonction publicitaire et l'innovation structurelle s'intégraient dans l'expression artistique, défiant les conventions urbaines établies. Son classement successif illustre une reconnaissance progressive de la valeur patrimoniale de ce qui fut d'abord une vitrine commerciale.