12 rue Pinguet-Guindon, Tours
Le Château du Pilorget, singulièrement qualifié d'hôtel particulier en dépit de son appellation plus grandiose, se dresse à Tours, au cœur du faubourg Saint-Symphorien. Son inscription partielle aux monuments historiques, d'abord pour ses façades et toitures en 1931, puis pour son escalier et ses boiseries en 1943, révèle une appréciation progressive des éléments constitutifs de son caractère. L'édifice, propriété d'un certain Pierre Thenon, procureur au bailliage de Tours en 1781, s'inscrit précisément dans la dernière phase du XVIIIe siècle, une période où l'architecture tendait vers une raison classique, un ordonnancement plus tempéré après les exubérances du rococo. L'étude de ses façades et de sa toiture, distinguées en premier lieu, suggère une composition équilibrée, voire austère, typique des constructions bourgeoises de l'époque. On y imagine volontiers une maçonnerie de pierre de taille locale, parfois enduite, ponctuée d'ouvertures régulières, dont le rythme imposait une certaine dignité. L'alignement des baies, la discrétion ornementale, l'économie des motifs, tout concourt à l'expression d'une élégance mesurée. La toiture, vraisemblablement en ardoise, devait présenter une silhouette nette, possiblement agrémentée de lucarnes discrètes, signe de l'agencement des combles en appartements de service ou en greniers, une organisation spatiale fonctionnelle et hiérarchisée. Le procureur Thenon, par cet achat ou cette commande, affirmait sans ostentation son rang social, préférant la solidité de l'investissement à la démonstration excessive de faste. L'intérieur, honoré plus tardivement, réserve sans doute les véritables joyaux. Un escalier, dont la distinction fut reconnue, devait constituer l'axe vertébral de la demeure, son volume s'élevant avec plus ou moins de prestance, sa rampe — qu'elle soit en fer forgé aux motifs géométriques ou en bois sculpté — dirigeant le regard vers les étages supérieurs. Cet élément central, souvent baigné de lumière naturelle par un puits de jour, était le cœur battant de la vie domestique et sociale. Les boiseries, quant à elles, témoignent d'un raffinement de l'aménagement intérieur. Plutôt que les entrelacs rocaille, on s'attend à des panneaux moulurés, des trumeaux encadrant des miroirs ou des tableaux, parfois des motifs néoclassiques discrets comme des médaillons, des guirlandes ou des frises à l'antique, conférant aux salons une atmosphère à la fois sobre et élégante, propice aux conversations éclairées. Le passage de la propriété à la famille Motte au XXe siècle n'altère pas fondamentalement la perception de l'édifice, mais souligne sa résilience face aux vicissitudes urbaines. Le Pilorget n'est pas de ces grandes constructions qui marquent un tournant architectural, mais plutôt un exemple probant de la bonne facture provinciale, un témoin silencieux des fortunes et des goûts d'une bourgeoisie ancrée dans la tradition. Sa présence discrète dans le tissu urbain tourangeau en fait un jalon précieux, non pour son audace formelle, mais pour la constance de ses proportions et la qualité de son exécution, un manifeste de la pérennité architecturale plus que de la révolution stylistique. Il offre ainsi, à qui sait l'observer, une méditation sur la permanence du goût classique au-delà des époques et des modes passagères.