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Château de Gournay

Château de Gournay

Gournay-sur-Marne

L'Envolée de l'Architecte

L'édification du château de Gournay, en cet an de grâce 1680, par Louis Ancelin, neveu par alliance d'une nourrice royale, s'inscrit avec une docilité exemplaire dans le sillage de l'architecture à la française du Grand Siècle. Loin des audaces des grands commanditaires, l'on observe ici une application rigoureuse des canons de l'époque : une façade côté cour ordonnancée avec une symétrie presque scolaire, flanquée de ses deux pavillons, et une régularité qui témoigne d'une aspiration à la respectabilité plus qu'à l'originalité. Point de virtuosité manifeste, mais la compétence discrète d'un art de bâtir qui privilégie la clarté et l'équilibre. La lecture architecturale de cet ensemble est celle d'une adhésion aux normes plus que d'une tentative d'innovation formelle. Les matériaux, vraisemblablement la pierre de taille locale pour l'ossature et les façades, conféraient à l'ensemble cette dignité sobre si caractéristique. Le jeu du plein et du vide est ici résolument classique, avec des ouvertures régulières rythmées par des murs porteurs affirmés. La façade donnant sur la Marne, en revanche, se permettait un raffinement légèrement supérieur. L'apparition d'un fronton classique et la concentration des travées centrales lui conféraient une solennité mesurée, destinée à être contemplée depuis l'eau ou le jardin. C'était la façade d'apparat, celle qui engageait le dialogue avec le paysage, offrant une dialectique du plein et du vide où la pierre répondait à la fluidité du fleuve. L'édifice, malgré sa vocation résidentielle originelle, a connu les vicissitudes des propriétés secondaires. Après les aménagements somme toute classiques de l'amiral de Court, ce sont les dégradations, d'abord par une inattendue manufacture de soie – curieux avatar pour un château –, puis par les affres du conflit de 1870, qui ont marqué son corps. Cette capacité de l'architecture à être dévoyée de sa fonction première, à subir des outrages fonctionnels ou martiaux, est une constante. La mutation la plus significative demeure son acquisition par la municipalité en 1925. La conversion en hôtel de ville, si elle a assuré sa pérennité, a également impliqué une réaffectation des intérieurs, sacrifiant leur disposition domestique d'antan sur l'autel de la fonction administrative. Le dialogue autrefois intime entre l'intérieur privé et l'extérieur paysager est désormais rompu, remplacé par l'agencement impersonnel du service public. Il ne subsiste, comme un fantôme de l'opulence passée, qu'un fragment de décor au premier étage du pavillon sud-ouest : un plafond figurant Vénus sur son char, dans un foisonnement de *quadri riportati*, de rinceaux végétaux et de médaillons en grisailles. Lourdement restauré, dit-on, comme si l'on cherchait à effacer les marques du temps par une application trop zélée de l'artifice, diluant l'authenticité sous la couche des bonnes intentions. Quant aux jardins, ils offraient un agencement dont la modestie n'entamait pas la cohérence. La Marne, élément structurant, était mise en scène par une terrasse monumentale de près de quatre cents mètres, encadrant parterres et bassin. L'on y trouvait même, témoignage d'une coquetterie de l'époque, un « Kiosque à la Turque », selon la description de Dézallier d'Argenville. Ce pavillon belvédère, d'une élégance exotique alors en vogue, proposait un point de vue pittoresque sur la boucle du fleuve, invitant à la contemplation et au dépaysement. C'était un clin d'œil à l'Orient, une fantaisie architecturale qui tempérait la rigueur du classicisme ambiant. Aujourd'hui, l'enceinte est, paraît-il, envahie d'une végétation plus spontanée. Une nature qui a repris ses droits sur la composition savante des siècles passés, offrant une leçon silencieuse sur la fugacité de l'ordre face au désordre persistant du monde.