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Cour de l'Industrie

Cour de l'Industrie

37bis rue de Montreuil, Paris 11e

L'Envolée de l'Architecte

L'édification de la Cour de l'Industrie, loin d'être un geste architectural isolé, s'inscrit dans un mouvement social et politique initié par le décret du 22 janvier 1852. Louis-Napoléon, futur empereur, y affecta dix millions de francs issus du patrimoine d'Orléans à l'amélioration de l'habitat populaire. Il s'agissait là d'une forme de pragmatisme social, une tentative d'endiguer les aspirations ouvrières par l'amélioration des conditions de vie, sans pour autant remettre en cause l'ordre établi. L'entreprise, menée en association avec le banquier Louis Raphaël Bischoffsheim et le maître de forges Robert William Kennard, sous l'égide du baron Georges de Heeckeren, matérialise une vision de l'urbanisme social où l'investissement privé se mue en service public, avec des retours sur investissement non négligeables. Le site choisi, le 37 bis, rue de Montreuil, n'est pas anodin. Il occupe les ruines de l'ancienne manufacture royale de papiers peints Réveillon, dont le saccage en 1789 est considéré par certains comme le prélude aux tumultes révolutionnaires. Une ironie de l'histoire que de voir un programme destiné à la pacification sociale s'ériger sur un tel brasier mémoriel. Les constructions de 1855, déployées sur trois cours successives, offrent une typologie architecturale d'une simplicité fonctionnelle, distincte de la grandiloquence haussmannienne contemporaine. La dialectique plein/vide est ici essentielle, les cours pavées agissant comme des poumons, des axes de distribution et des espaces de vie collective, organisant une densité urbaine à l'échelle artisanale. La première cour dévoile des façades à pans de bois, élégamment hourdies d'enduit, et des escaliers de bois, témoins d'une facture vernaculaire. La deuxième, plus rudimentaire, avec ses petits bâtiments à deux niveaux datant de 1853, dépeint une organisation sociale où le rez-de-chaussée, dévolu à l'atelier et à l'écurie, se distinguait de l'étage servant de logis. La troisième cour, enfin, révèle un ajout plus tardif de 1902, une ancienne usine de force motrice en pans de bois hourdés de briques, illustrant la perpétuelle adaptation du lieu aux exigences industrielles. Ces matériaux modestes – bois, enduit, brique – soulignent une intention purement utilitaire, dénuée de tout artifice ornemental. Paradoxalement, si ces immeubles devaient répondre aux besoins des artisans du faubourg Saint-Antoine, il semblerait que les résidents n'y fussent pas autorisés à vivre en famille, une contrainte qui limite la portée sociale de l'initiative. Cet ensemble, longtemps menacé de démolition, fut heureusement classé en 1992, le sauvant d'un oubli certain. Aujourd'hui, le « 37 bis », toujours habité, est devenu un conglomérat éclectique d'artistes et d'artisans, un palimpseste urbain où les strates du passé industriel et social s'entrelacent avec une nouvelle vitalité créative. Une réhabilitation coûteuse qui, si elle assure la pérennité du site, en modifie également la sociologie, une évolution prévisible pour un tel vestige.