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Église Saint-Germain-l'Auxerrois de Presles

Église Saint-Germain-l'Auxerrois de Presles

Presles

L'Envolée de l'Architecte

L'église Saint-Germain-l'Auxerrois de Presles, édifice inscrit, déploie une histoire architecturale des plus hétérogènes, témoignage d'une construction étalée sur plusieurs siècles, où chaque époque a laissé son empreinte, souvent sans souci d'harmonie stylistique. Si quelques vestiges du XIIe siècle subsistent discrètement, notamment dans la chapelle Saint-Joseph avec un pilier central au chapiteau malheureusement dégradé, l'essentiel de l'édifice actuel relève du gothique flamboyant de la fin du XVe et du milieu du XVIe siècle, marié à des touches de la Renaissance naissante. Le chœur et la chapelle de la Vierge, par exemple, illustrent cette singulière coexistence, avec des arcs-doubleaux en anse de panier et des chapiteaux corinthiens qui dialoguent avec les piliers ondulés et les profils prismatiques flamboyants. C'est là une disposition courante en Île-de-France, où les chantiers s'interrompaient, reprenaient au gré des fonds et des modes. La nef, elle, se montre plus modeste, une construction somme toute sommaire, dotée de fausses voûtes en berceau en bois plâtré, reflétant la charge financière des paroissiens sous l'Ancien Régime, qui, il est vrai, n'avaient guère les moyens des grands décimateurs. Ses piliers octogonaux, dépourvus de chapiteaux classiques, arborent des frises sculptées de feuilles grasses, de pampres et de personnages pittoresques, dont l'érosion ajoute à leur énigme. L'on s'attardera sur les frises de la chapelle de la Vierge, d'une iconographie d'une rare exubérance : on y observe des bêtes féroces, des scènes énigmatiques où l'homme s'affronte à des monstres ou mène ses travaux quotidiens, créant un répertoire allégorique souvent difficile à décrypter, bien loin des programmes iconographiques conventionnels. L'anecdote voudrait que l'une des scènes, représentant des moines soufflant dans un réchaud, illustrerait en réalité l'expression flamande souffler dans la bourse, c'est-à-dire dépenser sans compter, un clin d'œil à l'opulence parfois surprenante des artisans itinérants flamands qui sculptaient ces miséricordes du XVIe siècle, dont six sont présentes dans l'église, provenant de Saint-Cloud. À l'extérieur, le chevet, bien que de plan gothique classique, déconcerte par ses contreforts Renaissance ornés de chimères flamboyantes et son soubassement carré, témoignant des compromis structurels ou des ajouts ultérieurs. La façade occidentale, quant à elle, est une œuvre tardive et composite de 1876, signée Léopold Hardy, qui superpose les styles avec une certaine candeur, mêlant un linteau en anse de panier à des colonnettes rayonnantes et une rosace au réseau fantaisiste. Le bas-relief du tympan, œuvre d'Arsène Letellier, y figure le Christ en gloire, conférant à cet ensemble un caractère didactique. Ce fut un généreux paroissien, Auguste Potron, qui finança cette façade et même la sacristie, preuve que le mécénat privé était encore bien vivant au XIXe siècle. Le clocher, très sobre, daté du XIVe siècle, occupe une position atypique au nord de la nef, sa structure austère étant sans doute le reflet des périodes de crise de l'époque. L'église Saint-Germain de Presles, par ses strates architecturales, ses curiosités sculpturales et son mobilier rapporté, offre ainsi une lecture complexe de l'histoire locale et des évolutions stylistiques, loin des linéarités académiques.