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Château de La Cépière

Château de La Cépière

22 chemin de la Cépière, Toulouse

L'Envolée de l'Architecte

Le Château de la Cépière, à Toulouse, offre à l'observateur averti une illustration assez éloquente des strates d'une histoire architecturale où les intentions initiales se mêlent aux adaptations successives. Cet édifice, jadis domaine agricole des comtes de Toulouse au XIIIe siècle et témoin d'épisodes peu amènes de la croisade des albigeois, n'a commencé à prendre sa forme castrale qu'au XVe siècle. Il connut son nom actuel par l'intermédiaire d'Auger de Lacipière, un marchand dont les infortunes financières, paradoxalement, assurèrent la postérité patronymique au lieu. C'est avec Pierre de Vignaux, négociant avisé et capitoul à plusieurs reprises, que l'édifice prend sa forme la plus significative à partir de 1589. Sur une structure préexistante des Goirans, il développe un plan en L. L'imposante masse de brique, laissée apparente, s'élève sur deux étages, percée de baies segmentaires et de quelques magnifiques fenêtres à meneaux sculptés, heureusement conservées. La façade est se distingue par l'élégance d'une tourelle d'angle sud-est et la présence d'une tour nord-est plus imposante. Le détail y trouve sa place dans une ornementation de staff, un matériau souple imitant la pierre, qui souligne les étages des fenêtres éclairant l'escalier et la tour. Les meneaux, agrémentés d'atlantes, ces figures masculines supportant une charge, et de caryatides, leurs équivalents féminins, ainsi que le décor géométrique des croisillons, révèlent une parenté stylistique certaine avec l'hôtel du May, emblème de la Renaissance toulousaine. Les façades sur cour, en revanche, adoptent une sobriété plus affirmée, à l'exception de quelques meneaux, parfois fragmentaires, et des corniches couronnant les fenêtres et les portes. L'accès à l'escalier principal est marqué par une porte encadrée de pilastres doriques et surmontée d'une corniche. À l'intérieur, un grand escalier à rampes droites, en madriers de bois, est sobrement orné de pilastres. Les propriétaires suivants, la famille de Bayard au XVIIe siècle, puis le séminaire diocésain au XVIIIe, continuèrent d'adapter l'édifice, non sans quelques procès mémorables qui illustrent les querelles foncières de l'époque. La Révolution française, fidèle à son principe de vente des biens nationaux, voit le château passer aux mains de la famille Sabatié. C'est Jean-Baptiste Sabatié qui, au début du XIXe siècle, procède à l'arasement des créneaux de la tour carrée, un geste qui uniformise souvent le caractère originel au nom d'une esthétique moins martiale ou d'une recherche de confort domestique. Le XXe siècle, particulièrement les années 1960, marque une nouvelle rupture. Intégré malgré lui au projet d'urbanisation du Mirail, le domaine de la Cépière est acquis par la SETOMIP. Abandonné un temps, puis racheté par un promoteur, Bernard Cave, il est restauré par l'architecte Dominique Alet et divisé en appartements. Le parc, jadis vaste étendue d'agrément et d'utilité, fut éventré sans ménagement par le tracé du périphérique en 1973, témoignage brutal des priorités urbanistiques de l'époque. À quelques distances du château se dresse le pigeonnier, le plus ancien de la ville, érigé dès 1589 par Pierre de Vignaux, selon un contrat passé avec le maître-maçon Jean Anglade. Cette structure carrée en brique, reposant sur huit piliers carrés reliés par quatre arcades voûtées en plein cintre, n'est pas qu'une simple commodité agricole. Elle est l'emblème d'un statut, rappel discret mais impérieux du droit de colombier. Son étage, bâti sur une voûte d'arêtes, est protégé des rongeurs par une frise de carreaux de terre cuite vernissée. Ce château de la Cépière, inscrit aux monuments historiques pour ses façades et toitures, ainsi que son pigeonnier, oscille entre les marques de son passé illustre et les inévitables compromis de son adaptation aux usages modernes. Il demeure, non sans une certaine résignation, un fragment significatif de l'histoire architecturale toulousaine, pris dans les rets d'une urbanisation inéluctable.